L'immigration comme enjeu de la présidentielle 2027
L'immigration figure parmi les thèmes les plus clivants de la campagne. Point sur le cadre légal issu de la loi de 2024, les données officielles les plus récentes, l'écart avec les perceptions et l'éventail des positions des principaux candidats.
Le cadre légal : la loi de 2024 et ses suites
La loi « pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration », adoptée par le Parlement le 19 décembre 2023, constitue le dernier grand texte en date. Saisi, le Conseil constitutionnel a rendu sa décision n° 2023-863 DC du 25 janvier 2024 : il a censuré 35 des 86 articles du texte.
La censure est majoritairement procédurale : 32 articles ont été écartés comme « cavaliers législatifs » (dépourvus de lien suffisant avec le projet initial), 3 articles l'ont été sur le fond, et 2 ont fait l'objet de réserves d'interprétation. Parmi les dispositions écartées figuraient des mesures très commentées : quotas migratoires débattus chaque année au Parlement, durcissement du regroupement familial, conditions de durée pour l'accès à certaines prestations sociales, ou caution pour les étudiants étrangers.
La loi a donc été promulguée dans une version expurgée. Depuis, le débat s'est déplacé vers de nouvelles propositions de loi et des projets de révision constitutionnelle, plusieurs candidats faisant de ce terrain un axe central pour 2027.
Ce que disent les chiffres officiels
En 2024, la France a délivré 336 700 premiers titres de séjour, en hausse de 1,8 % sur un an (ministère de l'Intérieur, février 2025). Répartition par motif :
| Motif | Titres 2024 | Part |
|---|---|---|
| Étudiant | 109 300 | ~32,5 % |
| Familial | 90 600 | ~26,9 % |
| Économique | 55 600 | ~16,5 % |
| Humanitaire | 55 000 | ~16,3 % |
Le stock de titres valides atteignait 4,3 millions (+3,9 %). Les éloignements ont progressé à 21 601 (+26,7 %), dont 12 856 éloignements forcés (+9,7 %).
Pour 2025, les données provisoires diffusées début 2026 (ministère de l'Intérieur, question au Sénat de janvier 2026) font état d'environ 384 000 premiers titres (+11,2 %, tirés par le motif humanitaire), de 116 476 premières demandes d'asile en guichet unique (-10,3 %) et d'environ 150 000 OQTF prononcées, dont le taux d'exécution est estimé entre 10 % et 15 %. Ces chiffres 2025 restent provisoires.
Chiffres officiels contre perceptions
Selon l'Insee (Insee Première n° 2076, 2025), la France comptait en 2024 environ 7,7 millions d'immigrés, soit 11,3 % de la population, et 6,0 millions d'étrangers, soit 8,8 %. L'institut précise qu'un changement de protocole de recensement rend ces niveaux non directement comparables aux années antérieures.
Ces données tranchent avec l'opinion. Une enquête Ifop de 2024 relève que 73 % des personnes interrogées surestiment la part des immigrés dans la population (mesurée à 10,7 % sur la base 2023) : un tiers l'estime au-delà de 25 %. Sur le plan des attitudes, 61 % jugent qu'il y a « trop d'immigrés » en France, contre 34 % « juste ce qu'il faut » et 4 % « pas assez ».
L'écart entre données mesurées et perceptions est lui-même devenu un objet de débat public, sans consensus sur son interprétation.
Le spectre des positions des candidats
Les programmes officiels 2027 ne sont pas finalisés à la mi-2026. Sont présentées ci-dessous les positions déjà exprimées (déclarations, propositions de loi, ligne du parti), qui pourront évoluer.
- Rassemblement national (Marine Le Pen, candidature déclarée le 7 juillet 2026, Jordan Bardella annoncé Premier ministre) : plafonnement de l'immigration légale évoqué autour de 10 000 titres/an, suppression du droit du sol, « priorité nationale » pour le logement, l'emploi et les prestations, expulsion des étrangers délinquants.
- Les Républicains (Bruno Retailleau, déclaré début 2026, investi le 19 avril 2026) : référendum sur l'immigration, quotas annuels, fin du droit du sol automatique, durcissement du regroupement familial, suppression de l'aide médicale d'État (AME), délai de 5 ans de résidence et de travail pour l'accès à certaines prestations.
- Renaissance (Gabriel Attal, déclaré le 22 mai 2026) : ligne axée sur l'immigration qualifiée et l'intégration.
- Horizons (Édouard Philippe) : réduction des délais d'asile de 18 à 6 mois, titres de travail temporaires pour les métiers en tension, renforcement de la coopération européenne aux frontières.
- La France insoumise (Jean-Luc Mélenchon) : régularisation des sans-papiers, droit de vote aux élections locales pour les étrangers, accueil des mineurs isolés, opposition à la logique de fermeture.
Les principaux points de clivage juridique
Au-delà des chiffres, plusieurs propositions se heurtent à des verrous constitutionnels ou conventionnels, ce qui structure le débat 2027 :
- Droit du sol : sa suppression ou son conditionnement supposerait, selon la plupart des juristes, une révision constitutionnelle (article 89), qui exige un vote en termes identiques des deux chambres puis un référendum ou le Congrès.
- Référendum sur l'immigration : l'élargissement du champ de l'article 11 aux questions migratoires est proposé à droite ; il nécessiterait lui-même une réforme préalable.
- Primauté du droit national : plusieurs candidats évoquent de faire prévaloir la loi française sur des normes européennes ou la Convention européenne des droits de l'homme, ce que les traités en vigueur ne permettent pas en l'état.
- AME : sa suppression ou sa transformation revient régulièrement, mais reste contestée y compris dans les camps qui la portent.
La faisabilité de ces mesures dépendra donc autant du résultat de 2027 que de la composition du Parlement et du cadre juridique.
Questions fréquentes
La loi immigration de 2024 est-elle appliquée ?
Oui, mais dans une version réduite. Le Conseil constitutionnel a censuré 35 des 86 articles le 25 janvier 2024, essentiellement pour des raisons de procédure. La loi a été promulguée sans ces dispositions, et plusieurs mesures censurées (quotas, prestations sous condition de durée, regroupement familial) alimentent depuis de nouveaux projets de texte.
Combien d'immigrés vivent en France ?
Selon l'Insee, la France comptait en 2024 environ 7,7 millions d'immigrés (soit 11,3 % de la population) et 6,0 millions d'étrangers (8,8 %). L'institut souligne qu'un changement de méthode de recensement rend ces niveaux non directement comparables aux années précédentes.
Quels candidats veulent supprimer le droit du sol ?
Le Rassemblement national et Les Républicains (Bruno Retailleau) portent la fin du droit du sol automatique. La mesure supposerait une révision de la Constitution. Les programmes 2027 n'étant pas officialisés à la mi-2026, ces positions restent susceptibles d'évoluer.
Quand a lieu la présidentielle 2027 ?
Le premier tour est prévu le dimanche 18 avril 2027 et le second tour le dimanche 2 mai 2027. Emmanuel Macron n'est pas rééligible (article 6 de la Constitution).
Sources : conseil-constitutionnel.fr · vie-publique.fr · immigration.interieur.gouv.fr · senat.fr · insee.fr · ifop.com · publicsenat.fr · elyseescope.com · franceinfo.fr