Retraites : pourquoi le dossier revient au cœur de la présidentielle 2027
La réforme de 2023 portant l'âge légal à 64 ans a été suspendue jusqu'en janvier 2028, soit après la présidentielle. Le prochain chef de l'État devra donc trancher un dossier que les candidats abordent déjà, de l'abrogation à gauche au relèvement à droite.
La réforme de 2023, puis sa suspension jusqu'en 2028
La loi de financement rectificative de la Sécurité sociale, promulguée le 14 avril 2023, a relevé progressivement l'âge légal de départ de 62 à 64 ans (horizon 2030) et accéléré l'allongement de la durée de cotisation vers 43 ans (172 trimestres). Adoptée sans vote via l'article 49.3, elle a provoqué un mouvement social prolongé.
À l'automne 2025, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé la suspension de ce relèvement, intégrée à la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Concrètement, l'âge légal et la durée d'assurance (gelée à 170 trimestres) n'augmentent plus jusqu'en janvier 2028 — soit après l'élection présidentielle.
Le gouvernement chiffre la mesure à 400 millions d'euros en 2026 et 1,8 milliard d'euros en 2027, pour environ 3,5 millions de personnes concernées. Ce compromis, négocié notamment avec le Parti socialiste pour éviter une motion de censure, ne supprime pas la réforme : il reporte la décision au prochain quinquennat.
L'état du financement : ce que dit le COR
Le système de retraite représente plus de 400 milliards d'euros de dépenses par an, soit environ 14 % du PIB (données 2024). Son solde est régulièrement documenté par le Conseil d'orientation des retraites (COR), organisme public de référence.
Selon le rapport du COR de juin 2025, le système affichait un déficit de 1,7 milliard d'euros en 2024 (soit -0,1 point de PIB). Le rapport suivant, de juin 2026, situe le déficit 2025 autour de 5,1 milliards d'euros, ramené à environ 1,3 milliard une fois pris en compte les produits financiers des réserves.
À réglementation inchangée, le COR projette un besoin de financement d'environ -0,2 point de PIB en 2030, de l'ordre de -0,9 % du PIB à l'horizon 2045, et jusqu'à -1,4 point de PIB en 2070. Ces projections ont été révisées en 2026 avec de nouvelles hypothèses démographiques : indice de fécondité abaissé de 1,8 à 1,45 enfant par femme et solde migratoire relevé de 70 000 à 150 000 personnes par an.
Deux lectures s'opposent dans le débat : un déficit jugé gérable à court terme par ceux qui veulent alléger la réforme, un déséquilibre durable mis en avant par ceux qui défendent le maintien ou le durcissement de l'âge de départ. Le montant précis reste sensible aux scénarios de croissance, d'emploi et de démographie.
Les positions des camps politiques
Presque tous les candidats déclarés se positionnent sur l'avenir de la réforme. Les lignes vont de l'abrogation à gauche au relèvement à droite, avec un centre qui privilégie la durée de cotisation.
| Camp / candidat | Position exprimée sur l'âge de départ |
|---|---|
| LFI — Jean-Luc Mélenchon | Retour à la retraite à 60 ans pour 40 ans de cotisation (réaffirmé au meeting de Saint-Denis, 7 juin 2026) |
| PS / gauche sociale-démocrate | Retour vers 62 ans sans en faire le critère central ; durée de 43 ans modulable selon la pénibilité |
| Raphaël Glucksmann (Place publique) | Refuse l'âge légal comme « totem » ; priorité à la durée de cotisation et à la pénibilité |
| Renaissance — Gabriel Attal | Suppression de l'âge légal, remplacé par une logique de durée avec bonus/malus |
| Horizons — Édouard Philippe | Maintien d'un âge légal ; « travailler un peu plus longtemps », sans fixer de chiffre précis |
| LR — Bruno Retailleau | Relèvement de l'âge légal à 65 ans |
| RN — Marine Le Pen / Jordan Bardella | Le Pen : retour à 62 voire 60 ans (40 à 42 ans de cotisation) ; Bardella nuance (« l'âge légal ne veut rien dire », priorité à la durée) — ligne interne non stabilisée |
La position précise d'autres candidats déclarés, dont Marine Tondelier (Écologistes) et Ségolène Royal, n'est pas arrêtée publiquement à ce jour sur un âge chiffré (n/d). La gauche écologiste s'est globalement opposée à la réforme de 2023.
Ce qui se joue pour 2027
La suspension jusqu'en janvier 2028 fait de la retraite un choix quasi mécanique pour le prochain exécutif : reprendre la montée vers 64 ans, l'abroger, ou réécrire les règles autour de la durée de cotisation. Aucune de ces options n'est neutre budgétairement.
Le débat mêle un arbitrage financier (combler un besoin de financement projeté par le COR) et un arbitrage social (âge de départ, pénibilité, carrières longues, emploi des seniors). Il structure déjà l'affrontement entre les trois blocs — gauche, centre présidentiel, droite et extrême droite — à moins de deux ans du premier tour, fixé au 18 avril 2027.
Questions fréquentes
L'âge légal de départ à la retraite est-il de 64 ans en 2026 ?
Non. La réforme de 2023 relevait progressivement l'âge légal vers 64 ans, mais ce relèvement a été suspendu par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. L'âge légal et la durée d'assurance (170 trimestres) sont gelés à leur niveau atteint jusqu'en janvier 2028.
Quel est le déficit du système de retraites ?
Selon le COR, le déficit était de 1,7 milliard d'euros en 2024 (rapport de juin 2025) et d'environ 5,1 milliards en 2025 (rapport de juin 2026), ramené à près de 1,3 milliard en tenant compte des réserves. Le besoin de financement projeté à réglementation inchangée atteindrait environ -0,2 point de PIB en 2030.
Combien coûte la suspension de la réforme ?
Le gouvernement l'a chiffrée à 400 millions d'euros en 2026 et 1,8 milliard d'euros en 2027, pour environ 3,5 millions de personnes concernées.
Que proposent les candidats à la présidentielle 2027 ?
Les positions s'échelonnent du retour à 60 ans (Mélenchon/LFI) et vers 62 ans (PS) à gauche, à la suppression de l'âge légal au profit de la durée (Attal, Renaissance), jusqu'à un relèvement à 65 ans (Retailleau, LR). Le RN oscille entre 60-62 ans (Le Pen) et une priorité donnée à la durée de cotisation (Bardella). Ces positions ne constituent pas des programmes officialisés.
Sources : vie-publique.fr · cor-retraites.fr · francetransactions.com · lcp.fr · lcp.fr · boursorama.com