À Paris, la vie sans rêve du camp de 1.500 exilés

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Calvero
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À Paris, la vie sans rêve du camp de 1.500 exilés

Message non lu par Calvero » 20 avr. 2018, 11:00:47

À Paris, la vie sans rêve du camp de 1.500 exilés

Près de 1.500 exilés vivent sous les tentes du campement du Millénaire, installé sur les berges parisiennes du canal Saint-Denis. Majed, un jeune Erythréen, y trouve le temps long tandis que, à…

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À l’ombre oppressante du périphérique parisien et de son ballet incessant de pots d’échappement, des centaines de tentes vertes, bleues, rouges et grises s’agglutinent à fleur du canal Saint-Denis, sur les berges des quais du Lot et de l’Allier. Près de 1.500 êtres humains vivent sous les abris dérisoires de toile fine du camp du Millénaire. Sans intimité, exposés aux maladies et aux caprices de la météo. Rendus invisibles par le pont qui leur sert de toit.


Les situations administratives des « habitants » du Millénaire sont variées. Les uns cherchent à faire enregistrer leur demande d’asile et se heurtent aux difficultés d’accès aux plateformes dédiées, saturées. Les autres attendent, faute de place en centres d’accueil, l’examen de leur demande. Selon l’association France terre d’asile, de 5 à 10 % des exilés disposeraient d’ores et déjà de documents de séjour réguliers. Restent ceux qui ne sont ni demandeurs d’asile ni réfugiés et sont à la merci d’un placement en rétention et d’une expulsion.


Sur le quai du Lot, Majed laisse voguer son regard vers le travail des graffeurs du quai de l’Allier, sur l’autre berge du canal Saint-Denis. Il tourne légèrement la tête, désigne l’amas de tentes sous le pont et, d’une moue résignée, explique, dans la langue de Shakespeare, sa « honte d’avoir atterri dans cet endroit, honte de dormir dans la rue, honte de galérer pour une simple douche, honte que cet endroit puisse exister dans un pays comme la France. Il y a même des mères et des bébés ! »

« Dans un endroit pareil, pas de place pour le rêve »


Du haut de ses 22 ans, le jeune homme s’intéresse à la mécanique et aux mathématiques, parle anglais et aime discuter de l’actualité du football. En France, il espère « juste un peu de paix, de protection ». La finesse de sa tente et son duvet ne lui permettent pas d’échapper à l’inconfort du béton, alors il rêve, « surtout d’un vrai lit ». Il marque une pause, tire sur une cigarette. La fumée se dissipe, il reprend, philosophe : « Dans un endroit pareil, il n’y a pas de place pour le rêve. »
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  • Le camp du Millénaire, à Paris.

Les dix derniers mois de sa vie ont été marqués par un douloureux voyage. Il a d’abord été contraint de quitter son pays natal, l’Érythrée. « Un déchirement, souffle-t-il. Mais pour la jeunesse érythréenne, c’est peut-être la seule issue pour entretenir l’espoir d’une vie meilleure. » Dans ce petit pays de la Corne de l’Afrique, plus de 700.000 personnes souffrent de la sécheresse, du manque de nourriture et des pénuries d’eau. Les droits de l’homme y sont massivement bafoués et un système de terreur pernicieux est instauré par l’appareil étatique. « Surtout, raconte Majed, le service militaire est interminable et sa durée est décidée par l’État. On peut être convoqué pour des années sans pouvoir visiter notre famille et, si on essaye de s’échapper, on risque la détention et on met en danger nos proches. » Comme lui, plus de 400.000 Érythréens, souvent jeunes, auraient quitté leur pays au cours de la dernière décennie. Y compris des membres de l’équipe nationale de football qui, en 2012, ont profité d’un déplacement en Ouganda pour demander la protection du Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies (UNHCR).
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  • Le camp du Millénaire, à Paris.

La route de l’exil de Majed a été ponctuée par un passage par le Soudan, puis par l’enfer libyen. « Dans ces deux pays, la situation est catastrophique et les personnes comme nous vivent un calvaire. Je savais très bien ce que je risquais : me faire enlever, torturer, mourir en mer… » Il désigne du doigt l’Estrée, la navette qui navigue sur les eaux du canal Saint-Denis, et poursuit : « Pour traverser la Méditerranée, on est monté dans un bateau qui faisait à peu près cette taille. Sauf que le nôtre était un simple pneumatique… et qu’on était 200 dessus. On a dérivé… tout le monde n’est pas arrivé au bout de la traversée. »

« L’existence d’un tel campement est le symptôme récurrent de l’échec de la politique européenne d’accueil des exilés » 


En fin d’année 2017, il a posé pied sur la terre ferme de Sicile, en Italie. Il y a été « dubliné » — terme utilisé en référence au règlement européen de Dublin — : ses empreintes ont été prises et placées dans un fichier et sa demande d’asile relève maintenant de la compétence de l’Italie, sans qu’il l’ait choisi. Le délai légal est de dix-huit mois avant que la demande d’asile des « dublinés » puisse être prise en charge par la France. S’ils n’ont pas été renvoyés entre temps vers leur pays d’entrée dans l’Union européenne… « C’est un texte éminemment technocratique, estime Antoine Decourcelle, chargé des questions d’asile à la Cimade Île-de-France. Le règlement de Dublin traite les demandeurs d’asile comme de la marchandise et ne prend pas en compte leurs aspirations et leurs choix. »
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  • Le camp du Millénaire, à Paris.

C’est pourtant en France que Majed aimerait s’installer : pour y parvenir, il a rallié Nice à pied, tenté un crochet à Calais — où « tout est fait pour montrer qu’on ne veut pas de nous » —, déposé sa demande d’asile à Nantes — ville qui lui « plait beaucoup » —, et a finalement atterri dans la capitale, faute d’hébergement et en attendant les suites données à sa démarche.


Sur le quai du Lot, chaque journée ressemble à une éternité. Afin de rendre l’éternité du Millénaire un peu plus douce, une petite enceinte délivre un air de God’s Plan, le dernier tube du chanteur canadien Drake. Accompagné de Noh et Iggi, compatriotes et compagnons d’infortune, Majed tue le temps au gré des parties de foot — avec un ballon crevé —, soigne le dégradé de sa coiffure et se baigne parfois dans l’eau verdâtre du canal. La bande se fait, presque à chaque coup, réprimander. « L’ennui, et la tristesse de cette situation nous rongent, raconte Majed alors que des marcheurs, certainement de retour du travail, longent les tentes. Ici, certains d’entre nous ont vécu tellement de choses difficiles que, sans aide et délaissés, ils finissent par perdre la tête, se mettent à parler tout seul. On se sent un peu abandonnés, pas toujours considérés comme des êtres humains alors qu’on voudrait juste pouvoir vivre décemment, se sentir utile. »
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  • Le camp du Millénaire, à Paris.

Le jeudi 12 avril, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a missionné ses équipes sur le campement. « Les conditions de vie de ces personnes sont inacceptables et contraires aux droits fondamentaux dont elles doivent bénéficier », a estimé le Défenseur des droits dans un communiqué, précisant par ailleurs que « l’existence d’un tel campement est le symptôme récurrent de l’échec de la politique européenne d’accueil des exilés. Au niveau national, cette politique se traduit par une saturation des dispositifs d’accueil et par une augmentation du nombre d’exilés contraints de subir des conditions de vie si déplorables que le Conseil d’État a jugé, s’agissant de Calais, qu’elles caractérisaient des traitements inhumains ou dégradants ».


Le Défenseur des droits déplore que « les structures d’hébergement créées par l’État (centres d’accueil et d’examen de situation) ne soient toujours pas opérationnelles à ce jour. Un tel manque d’anticipation, à la suite de la fermeture prévue de longue date du centre de la Chapelle, est directement à l’origine de la situation des migrants de la Villette ».


Manque d’anticipation, ou absence d’une volonté réelle d’accueillir ? Pour Antoine Decourcelle, de la Cimade, « au fond, ça arrange bien les pouvoirs publics que l’accueil soit dégradé parce que cela rend la demande d’asile en France moins attirante ».

« Ce texte ne répond pas aux besoins mais à vos obsessions comptables et répressives » 


« La situation est d’une urgence absolue et intolérable, provoque un sentiment de grande incompréhension et de grande colère, alerte Pierre Henry, directeur général de France terre d’asile. On pourrait faire autrement, sans naïveté ni idéalisme. Nous réclamons des solutions immédiates d’urgence et de mise à l’abri. Nous appelons à la réflexion autour d’un dispositif de premier accueil vertueux, pour que les personnes qui arrivent sur le territoire national puissent y trouver des conditions dignes. »


La Mairie de Paris a annoncé son souhait d’évacuer le Millénaire avec, au préalable, une mise à l’abri de ses « habitants ». Le Défenseur des droits demande « que ces opérations ne fassent pas primer l’objectif d’efficacité à court terme, et de veiller à un accueil durable et respectueux des droits fondamentaux des exilés, en particulier des plus vulnérables ».
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  • Le camp du Millénaire, à Paris.

À l’Assemblée nationale, du 16 au 20 avril, les députés ont examiné - et finisssent aujourd’hui - le projet de loi Asile et immigration. Clivante, la loi devrait « être adoptée dans les grandes lignes », selon Antoine Decourcelle. « Il y aura peut-être quelques petits amendements par-ci par-là, pense le chargé des questions d’asile à la Cimade Île-de-France mais cette loi va extrêmement loin dans le sens d’un durcissement de l’appareil répressif. » Allongement de la durée de rétention maximale, réduction du délai de recours auprès de l’Ofpra (l’Office français de protection des réfugiés et apatrides), maintien du délit de solidarité… Le commissaire aux Droits de l’homme du Conseil de l’Europe, le Défenseur des droits, les avocats, juges, associations et personnels de l’asile ou encore la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté ont dénoncé le projet de loi et ses atteintes aux droits des étrangers en France. « Ce texte ne répond pas aux besoins mais à vos obsessions comptables et répressives, qui vous conduisent à des reculs sévères », lançait lundi, au sein de l’Hémicycle, Clémentine Autain (France insoumise) en s’adressant à Gérard Collomb. Le ministre de l’Intérieur défend mordicus son texte, qu’il estime « équilibré ». Il est soutenu par Richard Ferrand. Le chef du groupe La République en marche (LREM) à l’Assemblée nationale, observant la « fronde » d’une partie des députés de la majorité désireuse de voter contre le projet, a brandi la menace… de l’expulsion du groupe , mardi 17 avril.


« Cette loi provoque des remous, des excès de critiques et de louanges, remarque Pierre Henry, directeur général de France terre d’asile, mais le principal problème est qu’elle ne résout rien au premier accueil, à la crise des instruments européens, à la crise de défiance avec les pays d’origine. Et elle va ennuyer des tas de gens. »


À quelques kilomètres de l’Assemblée nationale, sur les rives du canal Saint-Denis, Majed et ses compagnons d’infortune réclament une main tendue de l’État français. Il semble qu’à la place, ils récolteront quelques embûches supplémentaires.

LA LOI ASILE ET IMMIGRATION EN BREF
  • Un demandeur d’asile disposait de 120 jours pour déposer son dossier. Avec la nouvelle loi, il n’aura désormais plus que 90 jours pour le faire ;
  • un demandeur débouté par l’Ofpra disposait d’un mois pour déposer son recours. Il disposera, désormais, de deux semaines. Or, il faut compter à peu près 30 jours ouvrés pour accéder à un rendez-vous en préfecture ;
  • La durée maximale des séjours en rétention administrative était de 45 jours. Elle va s’élever à 90 jours ;
  • La retenue administrative pour vérification du droit au séjour était de 16 heures. Elle passera à 24 heures.


Source : Alexandre-Reza Kokabi pour Reporterre


Photos : © Alexandre-Reza Kokabi/Reporterre
. chapô : le camp parisien d’exilés du Millénaire, le 17 avril 2018.

Article complet sur https://reporterre.net/A-Paris-la-vie-s ... 500-exiles
Je ne vie pas à Paris mais sa doit pas être beau à voir. Et comme on disait dans un autre topic ce n'est que le début en terme de vague migratoire ça devrait augmenter drastiquement...
"Un oiseau né en cage croit que voler est une maladie."

Alejandro Jodorowsky

>> http://linconnuquisexprime.blogspot.fr/

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