Alstom déraille, les politiques aussi

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Dianthus
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Re: Alstom déraille, les politiques aussi

Message non lu par Dianthus » 30 sept. 2017, 00:40:12

tribune publiée par Arnaud Montebourg dans Le Monde le 29 sept 2017 contre la vente de la branche ferroviaire d'Alstom à Siemens:
http://www.lemonde.fr/economie/article/ ... _3234.html

« Il n'est pas trop tard pour nationaliser Alstom »

Il est difficile pour le simple citoyen engagé que je suis redevenu de me taire, tant la tristesse m'étreint concernant Alstom.

J'écris ces lignes car j'ai été acteur de cette lutte permanente et exigeante en faveur du « Made in France ». Et je peux assurer nos compatriotes que, contrairement à ce qui va être raconté pour justifier l'abandon, il pourrait en être autrement.

J'ai vécu au cœur de l'Etat la trahison d'Alstom-Energie, vendue par ses dirigeants corrompus (selon la justice américaine) à General Electric, dans le dos du gouvernement français. Ils ont vendu nos turbines, pièces industrielles stratégiques pour notre indépendance énergétique, nucléaire et militaire. Il ne s'est pas trouvé un président ou un premier ministre pour m'autoriser à bloquer cette manœuvre, alors que mon équipe et moi avions forgé les armes pour précisément pouvoir dire non : le fameux décret qui soumettait l'investissement étranger au contrôle du gouvernement dans sept secteurs stratégiques.

Oui, il était possible de trouver une autre voie. Il était déjà possible de s'opposer à ce désastre annoncé. On pouvait dire non. Mais ils ont, par faiblesse et conformisme peut-être, ou par peur du conflit avec les Américains, préféré dire oui.

Menace et chantage judiciaire

Il est utile de rappeler que les Américains avaient utilisé la menace et le chantage judiciaire sur les dirigeants d'Alstom qui avaient totalement perdu leur liberté. J'étais donc allé chercher une solution alternative chez nos alliés et voisins allemands de chez Siemens, pour trouver une solution européenne.

A Bercy, dans mon bureau, le patron de Siemens, Joe Kaeser, un Bavarois qui aime les lignes droites, avait dessiné sa proposition sur une page A4 divisée en deux colonnes : « Vous nous vendez l'énergie sauf le nucléaire que vous gardez et, en contrepartie, je vous vends le ferroviaire et la signalisation. Nous faisons deux Airbus de taille mondiale, l'un dans le ferroviaire à direction française, l'autre dans l'énergie à direction allemande. »

A l'époque, cette solution nous aurait donc permis de conserver notre indépendance dans l'énergie nucléaire. Et surtout c'était bien Alstom qui alors rachetait Siemens-Transport !

Ce fut la proposition que je défendis dans le salon vert de l'Elysée le 21 juin 2014 devant le président de la République d'alors, qui l'écarta, devant le premier ministre qui ne pipa mot, et devant l'actuel président, alors secrétaire général adjoint, qui déclara : « On n'est quand même pas au Venezuela ! »

Alors que nous pouvions racheter Siemens Transport il y a trois ans, c'est désormais Siemens qui nous rachète aujourd'hui, mettant fin à un siècle d'aventure Alstom.

Quelle est celle maladie des élites économiques, technocratiques, et politiques qui les conduit à abandonner la France et les Français ? L'idéologie, c'est-à-dire la croyance selon laquelle il vaut mieux toujours laisser faire les forces du marché plutôt qu'affirmer la souveraineté de notre pays. Et la méconnaissance des réalités de notre pays et de la qualité de ses savoir-faire.

Pourtant, le monde globalisé n'est pas un club mondain peuplé de gens bien élevés. C'est le théâtre d'opérations de guerre économique avec des morts – les entreprises et leurs salariés – des rapports de force permanents dans lesquels les Etats utilisent la force régalienne, leurs capacités de d'espionnage économique, leur justice extraterritoriale et, parfois, des pratiques peu recommandables.

Il faut y faire preuve d'imagination et se battre sans trembler pour défendre les intérêts de son pays, de ses entreprises et de ses salariés. La détestation à l'égard de toute forme de bien public, le mépris de la souveraineté, le refus du patriotisme économique – lequel est pourtant appliqué partout dans le monde, notamment en Allemagne - sont devenus, plus qu'un trait ou un défaut français, une politique systématique d'aveuglement, une nouvelle trahison des clercs, et un suicide économique pour notre pays.

Evidemment, aucun de ceux qui sont responsables de cet aveuglement n'en paiera le prix.

Un tableau accablant

Jugeons plutôt. Voici le tableau accablant de la vente en pièces détachées du corps industriel de la France, qui résume trois années d'antipolitique industrielle :

1 - Alcatel vendu au finlandais Nokia : Nokia avait promis le maintien de l'emploi en France, ils licencient au bout de trois ans.

2 - Lafarge dévoré par le suisse Holcim dans le cadre d'une « alliance entre égaux » avec des promesses de maintien du management français : ce management sera plus tard sévèrement éconduit.

3 - L'aéroport de Toulouse-Blagnac : privatisé par le ministère de l'économie au profit d'un oligarque chinois en fuite et poursuivi pour corruption, dans le cadre d'une fausse cession à 49 % qui sont en vérité 51 % en vertu d'un pacte d'actionnaires tenu secret par l'Etat.

4 - La disparition de Technip, fleuron du CAC 40 : vendu au texan FMC, pourtant une entreprise en difficulté qui, après l'absorption dans le cadre d'une « alliance entre égaux », a commencé à déménager le siège social hors de France.

5 -STX, les chantiers navals : vendus aux italiens Fincantieri, dans une « alliance entre égaux » en faisant croire à une fausse nationalisation.

Alstom Transport : aurait dû être nationalisé conformément à l'accord arraché en 2014, et aurait pu racheter l'une des coentreprises dans les énergies renouvelables, est aujourd'hui vendu à Siemens dans une fausse « alliance entre égaux ».


Il y a un point commun à tous ces dossiers. Dans la quasi-totalité d'entre eux, l'Etat disposait du pouvoir juridique d'empêcher la vente, et pouvait à tous coups faire autrement. S'il ne l'a pas fait, c'est qu'il ne l'a pas voulu.

Les auteurs de l'absorption d'Alstom par Siemens vantent l'exemple de la réciproque que constituerait le rachat d'Opel par PSA. Mais Opel appartenait déjà aux américains de General Motors et perdait de l'argent depuis dix ans. Le rachat par PSA a donc ramené Opel dans le giron européen. Ce n'est donc nullement la réciproque d'Alstom qui ne perd pas d'argent, en gagne même beaucoup.

La crainte chinoise et la nécessité de s'allier entre Européens est juste, mais nous ne pouvons le faire au prix exorbitant d'aliéner davantage nos outils industriels stratégiques, et leurs centres de décision, car nous avons déjà trop perdu, par notre faute, de notre substance industrielle. La décision de vendre Alstom à Siemens nous coûtera certainement très cher et aggravera encore notre faiblesse industrielle.

Les propriétaires du capital décident toujours à la fin

On nous vante la prétendue souveraineté européenne. Mais Technip a été vendu au texan FMC, Lafarge aux suisses, et Alstom Energie aux américains. Et qui garantit que nos amis de Siemens préféreront nos intérêts européens au reste du monde ? Personne, car les propriétaires du capital décident toujours à la fin.

Comment ne pas anticiper les conséquences désastreuses à moyen terme de toutes ces décisions : migration des centres de décision à l'étranger qui décident toujours en fonction de leurs intérêts plutôt que les nôtres, l'appauvrissement technologique de notre pays, la destruction de milliers d'emplois, dissimulée puis toujours avérée, et, bien sûr, le désastre pour de nombreux territoires et régions.

Il n'est pas trop tard pour nationaliser Alstom, en prenant position dans le capital de la nouvelle entité, ce qu'avait décidé, en 2003, le président Nicolas Sarkozy, et ce que mon équipe et moi avions arraché, en 2014, au président François Hollande. Il n'est pas trop tard pour reprendre les négociations jusqu'à une alliance entre égaux qui aujourd'hui est fictive, en imitant la façon dont Airbus a été conçu il y a vingt ans. Il n'est pas trop tard pour racheter les coentreprises entre Alstom et General Electric que j'avais imposées et rebâtir un acteur de la transition énergétique.

Voilà ce que l'on pourrait appeler la chronique d'un désastre national annoncé, et la réalité d'une véritable antipolitique industrielle. Et voici comment il serait possible de l'éviter en agissant comme un Etat ayant une politique industrielle.
Et pendant ce temps, les déchets nucléaires sont stockés dans les piscines...

Caberlin
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Re: Alstom déraille, les politiques aussi

Message non lu par Caberlin » 30 sept. 2017, 05:55:37

Dianthus a écrit :
30 sept. 2017, 00:40:12
« Il n'est pas trop tard pour nationaliser Alstom »
Enfin de compte, c'est facile la politique ! Il suffit juste de faire payer les autres pour quelques-uns !
Quand on sait que que presque toutes les autres entreprises, ces TPE, ces PME, ces artisans, commerçants, agriculteurs, professions libérales, ne seront pas aidés par l'Etat en cas de difficultés, mais seront sacrifiés et devront payer pour aider quelques entreprises choisies par des politiciens qui cherchent le buzz pour nous faire croire qu'ils sont intéressés par le sort de ces sociétés ! Et pendant ce temps des entreprises ferment dans l'indifférence générale de ces politiciens !

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Hector
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Re: Alstom déraille, les politiques aussi

Message non lu par Hector » 30 sept. 2017, 08:44:55

Papibilou a écrit :
29 sept. 2017, 10:04:44
wesker a écrit :
28 sept. 2017, 23:27:34
Papibilou

Durant des années, nous vendions des technologies aux chinois arguant qu'ils mettraient du temps etc...Désormais je me demande s'ils ne servent pas de justification à une cession d'un fleuron industriel au profit de l'entreprise allemande qui va acquérir des brevets, de la technologie sans avoir de réels décaissements a effectuer./
On a laissé partir trop de technologies au profit d'un gain immédiat.
En revanche, dans une économie mondialisée, la taille est un atout considérable et que ce soient Alstom, bien français, ou les chantiers de l'atlantique (coréens depuis pas mal de temps, ne l'oublions pas), il fallait s'allier pour faire un champion européen.
Dans le cas d'Alstom c'était une question de vie ou de mort, car rappelez vous que pour maintenir l'entreprise à flot, l'état avait du commander des TGV pour rouler sur des lignes régionales (gabegie évidente) et Siemens était prêt à s'associer avec Bombardier (autre géant du secteur), ce qui auarit fait une conci=urrence insoutenable pour Alstom.
L'alliance Siemens - Bombardier n'était guère possible vu que la branche concernée de Bombardier est basée en Allemagne. C'était la fusion Bombardier - Alstom qui pouvait se faire en alternative.
L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde. (Frédéric Bastiat) La seule chose que le socialisme ait jamais faite pour les pauvres est leur donner beaucoup de compagnie.(Lawrence W. Reed)

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Re: Alstom déraille, les politiques aussi

Message non lu par wesker » 30 sept. 2017, 09:40:12

La tribune d'Arnaud Montebourg révèle, en réalité que des alternatives furent possibles, sur ces dossiers, mais que les politiques, par idéologie, refusèrent au profit de ces alliances qui, jusqu'alors ne furent pas à la hauteur des promesses et des espérances.

Pourtant, une fois encore, nous nous engageons dans cette voie, avec les mêmes promesses et les mêmes effets...Il ne faudra pas venir se plaindre que nous ne savions pas, alors que le Président actuel, a, durant la campagne assumé son positionnement libéral démocrate, faisant du marché la loi absolu au détriment parfois des intérêts stratégiques. Et, sur ce dossier, s'il évoque l'Europe comme justification, c'est bien aussi parce que la France ne fait plus partie du périmètre pour ces gens là, sur lequel ils doivent agir. Aux citoyens français, aussi de s'interroger, de réagir, de s'exprimer, avant qu'il ne soit trop tard.

Dianthus
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Re: Alstom déraille, les politiques aussi

Message non lu par Dianthus » 16 déc. 2017, 10:52:57

"
Affaire Alstom : Montebourg dégaine à tout-va et cible Macron
13 déc 2017
L'ancien ministre de l'Économie a livré mercredi sa version de la vente de la branche énergie d'Alstom à General Electric en 2014. Face à la commission d'enquête sur la politique industrielle de l'État, il déplore le manque de soutien politique de l'exécutif de l'époque et accuse Emmanuel Macron, qui l'a remplacé à Bercy, d'avoir laissé l'entreprise américaine prendre le contrôle du fleuron français. ()
"
http://www.lcp.fr/la-politique-en-video ... ble-macron
Et pendant ce temps, les déchets nucléaires sont stockés dans les piscines...

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Re: Alstom déraille, les politiques aussi

Message non lu par wesker » 16 déc. 2017, 12:33:01

Montebourg reste dans un positionnement qui fut le sien, lorsqu'il fut en responsabilité, de ce point de vue il est relativement cohérent, mais sa participation aux primaires de sa famille politique eurent pour effet de rendre inaudible ces propositions et ce positionnement que cette famille politique n'a pas souhaité adopté et, à ma connaissance ne souhaite toujours pas adopté, préférant rester au sein des coalitions auprès des sociaux démocrates européens. Dès lors pour redevenir audible, Montebourg devra préciser dans quel cadre partisan s'exprime t-il et le projet qu'il envisagerait, de mettre en oeuvre afin de faire exister des propositions alternatives.

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Re: Alstom déraille, les politiques aussi

Message non lu par Jeff Van Planet » 16 déc. 2017, 14:17:00

Dianthus a écrit :
16 déc. 2017, 10:52:57
"
Affaire Alstom : Montebourg dégaine à tout-va et cible Macron
13 déc 2017
L'ancien ministre de l'Économie a livré mercredi sa version de la vente de la branche énergie d'Alstom à General Electric en 2014. Face à la commission d'enquête sur la politique industrielle de l'État, il déplore le manque de soutien politique de l'exécutif de l'époque et accuse Emmanuel Macron, qui l'a remplacé à Bercy, d'avoir laissé l'entreprise américaine prendre le contrôle du fleuron français. ()
"
http://www.lcp.fr/la-politique-en-video ... ble-macron
de la politique politicienne.
Le grand problème de notre système démocratique c'est qu'il permet de faire démocratiquement des choses non démocratiques.
J.Saramago

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Re: Alstom déraille, les politiques aussi

Message non lu par Dianthus » 07 avr. 2018, 10:54:19

Guerre fantôme: la vente d'Alstom à General Electric

Fin de l'indépendance française en matière d'industrie nucléaire, maintenant contrôlée par les USA, trahison des industriels et politiques français lors de la vente d'Alstom à General Electric décidée par François Hollande en 2014, c'est ce que montre cette émission diffusée sur LCP (canal TNT 13).
Ne pas manquer l'organigramme des acteurs (50:00 à 52:20) !

Droit de suite
Alstom : une affaire d'État ?
documentaire 55mn + débat 30mn
(1ere diffusion le 25/09/2017)
http://www.lcp.fr/emissions/droit-de-su ... aire-detat
Et pendant ce temps, les déchets nucléaires sont stockés dans les piscines...

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Re: Alstom déraille, les politiques aussi

Message non lu par wesker » 07 avr. 2018, 15:31:03

Qui imaginait un seul instant le géant allemand laissait l'entreprise française sous giron français ?

D'ailleurs, depuis des années, ils visent les technologies de cette entreprise, notamment sur la partie turbine, il leur suffisait d'attendre que les réalités d'une crise révèle les difficultés structurelles d'une entreprise qui reste pourtant l'une des fiertés de notre pays.

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Re: Alstom déraille, les politiques aussi

Message non lu par Dianthus » 09 avr. 2018, 09:16:18

La vente à General Electric des turbines Alstom fait passer l'industrie nucléaire française sous la souveraineté des USA: en cas d'embargo il n'y aura plus de pièces de rechange pour les turbines qui sont indispensables pour le fonctionnement des centrales nucléaires françaises.
Et pendant ce temps, les déchets nucléaires sont stockés dans les piscines...

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