Crise: il faut restructurer les dettes nationales

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El Fredo
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Message non lu par El Fredo » 29 nov. 2010, 15:45:00

http://www.marianne2.fr/Crise-il-faut-r ... ionales_a2…
Crise: il faut restructurer les dettes nationales

Et si pour mettre fin à la crise, il fallait s'en remettre à des moyens moins conventionnels ? Selon Laurent Pinsolle, le défaut de paiement et la restructuration des dettes nationales pourraient en effet aider les économies de pays en difficultés à sortir de la crise. A crise exceptionnelle, mesures exceptionnelles comme on dit.

Notre continent semble aujourd’hui dans une impasse économique majeure, son modèle de développement économique cassé par une déréglementation incontrôlée et ses finances publiques laminées par la crise économique. Et si le défaut était une option pas si déraisonnable ?

LE CAS ARGENTIN

En effet, le débat commence à apparaître depuis que l’Allemagne a poussé cette idée comme une alternative au plan de soutien. Car un pays ne fait pas faillite. Un pays ne peut pas être liquidé. Un pays qui n’honore plus ses engagements financiers fait « seulement » défaut et le problème passe sur ses créanciers. Bien sûr, un tel scénario représente un extrême qu’il vaut mieux éviter tant les conséquences sur le système financier peuvent être importantes.

Néanmoins, il y a défaut et défaut. Il y a l’option argentine, où le pays cesse purement et simplement d’honorer ses engagements puis, dans un second temps, négocie avec ses créanciers une décote sur sa dette. Cette solution n’a plutôt pas mal réussi au pays, qui s’est fortement redressé grâce au défaut et à la dévaluation très forte de sa monnaie. On peut d’ailleurs voir des similitudes entre la situation argentine et celle de la Grèce et de l’Irlande aujourd’hui.

En effet, l’Argentine s’était enfermée volontairement dans une forme d’union monétaire avec les États-Unis en liant sa monnaie au dollar. Mais l’augmentation plus rapide de ses coûts avait détérioré sa compétitivité, sans possibilité d’ajustement autre qu’une dévaluation interne par une baisse des prix et des salaires. Après avoir tenté l’option déflationniste, l’Argentine a choisi le défaut et la dévaluation. Aujourd’hui, après plusieurs années, il semble que c’était un bon choix.

ET SI LE DÉFAUT ÉTAIT JUSTIFIÉ ?

En outre, on peut se poser la question de la légitimité des différentiels de taux sur les dettes souveraines. Aujourd’hui, les investisseurs réclament des taux d’intérêts beaucoup plus élevés pour détenir les dettes des « PIIGS » mais voudraient qu’on leur garantisse le remboursement des créances. A nouveau, ils veulent le beurre et l’argent du beurre. Ils ne peuvent quand même pas avoir une rémunération beaucoup plus importante que celle des Bund tout en ayant la même sécurité.

C’est pourquoi il ne semble pas injuste que l’écart de rémunération implique une possibilité pour les États de restructurer leur dette. En simplifiant, soit un État qui emprunte 100 à 2,5% sur dix ans (l’Allemagne). Cet État va verser 125 au bout du compte. Un État qui emprunte à 9% (l’Irlande), versera 190, celui qui emprunte à 11% (la Grèce) versera 210. Ainsi, on pourrait déduire (de manière extrêmement approximative), qu’il y a une décote induite de 34% pour l’Irlande et de 40% pour la Grèce.

Du coup, pourquoi ne pas autoriser les États à restructurer à la hauteur de la décote induite par les marchés eux-mêmes ? Ce serait utiliser les marchés contre eux-mêmes. Plus les taux monteraient, plus les États pourraient restructurer de manière plus importante leur dette. En outre, il faut voir qu’une fois restructurée, les dettes souveraines deviendraient beaucoup plus soutenables, ce qui contribuerait à la stabilisation du système financier.

Si on extrapole les décotes des taux actuels, les pertes devraient pourvoir être absorbées par les banques. Certes, la méthode n’est pas scientifique, mais l’Espagne n’aurait pas besoin d’une grosse décote pour retrouver une situation plus viable car elle reste le pays le moins endetté d’Europe. Du coup, le gros des pertes serait sur des petits pays. Au pire, si des banques venaient à être mises en difficulté, ce pourrait être l’occasion pour les États de prendre leur contrôle, comme le soutient Frédéric Lordon.

La question du défaut ou de la restructuration des dettes souveraines doit être posée, calmement, sans tabou. Il n’est pas normal que la finance obtienne une rémunération supérieure sans en assumer le risque. Il s’agit peut-être d’une solution pas si déraisonnable à la crise actuelle.
Un point de vue que je partage totalement, et ce depuis longtemps.
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Message non lu par mps » 29 nov. 2010, 16:36:00

Plus fort que le concours Lépine !

Les prets consentis aux pays en purée le sont avec l'argent de déposants.  Une ou deux remises de dettes ponctuelles ont déjà été très dures, mais si la mode se répandait, ce serait déplacer la panade vers les pays prêteurs ... et plus personne pour leur prêter.
C'est quand on a raison qu'il est difficile de prouver qu'on n'a pas tort. (Pierre Dac)

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El Fredo
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Message non lu par El Fredo » 29 nov. 2010, 17:27:00

mps a écrit :Les prets consentis aux pays en purée le sont avec l'argent de déposants. 
Ah oui, et depuis quand ? icon_mrgreen
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Message non lu par Nombrilist » 29 nov. 2010, 17:39:00

"Un point de vue que je partage totalement, et ce depuis longtemps."

C'est la thèse que Mélenchon défend depuis le début de la crise, il me semble.
Comment un homme politique français peut-il placer les intérêts de son propre pays derrière les intérêts d'un pays concurrent ? Simple: en se faisant élire sans être franchement ambiguë sur la question.

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El Fredo
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Message non lu par El Fredo » 29 nov. 2010, 17:40:00

C'est possible, je crois qu'il a mentionné l'Argentine sur son blog il y a quelque temps. Paul Krugman a aussi évoqué le scénario argentin au moment de la crise grecque.
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Message non lu par mps » 29 nov. 2010, 17:46:00

Ah oui, et depuis quand ?
Il vient d'où, l'argent des banques, à ton avis ?
C'est quand on a raison qu'il est difficile de prouver qu'on n'a pas tort. (Pierre Dac)

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Message non lu par El Fredo » 29 nov. 2010, 19:05:00

Pas des dépôts.
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pierre30
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Message non lu par pierre30 » 29 nov. 2010, 19:23:00

Si on efface les dettes de certains, cela va faire grimper les taux d'intérêt de ceux qui feront l'effort de rembourser. Le défaut doit rester l'ultime recours pour des pays qui n'ont aucune chance de rembourser.

Le pb c'est que les mesures imposées à la Grêce risquent d'amener ce pays à na plus pouvoir rembourser. Si on en arrive là, c'est l'UE qui devrait payer à sa place pour les dettes dûes hors UE.

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Message non lu par johanono » 29 nov. 2010, 20:17:00

El Fredo a écrit : http://www.marianne2.fr/Crise-il-faut-r ... ionales_a2…

Crise: il faut restructurer les dettes nationales

Et si pour mettre fin à la crise, il fallait s'en remettre à des moyens moins conventionnels ? Selon Laurent Pinsolle, le défaut de paiement et la restructuration des dettes nationales pourraient en effet aider les économies de pays en difficultés à sortir de la crise. A crise exceptionnelle, mesures exceptionnelles comme on dit.

Notre continent semble aujourd’hui dans une impasse économique majeure, son modèle de développement économique cassé par une déréglementation incontrôlée et ses finances publiques laminées par la crise économique. Et si le défaut était une option pas si déraisonnable ?

LE CAS ARGENTIN

En effet, le débat commence à apparaître depuis que l’Allemagne a poussé cette idée comme une alternative au plan de soutien. Car un pays ne fait pas faillite. Un pays ne peut pas être liquidé. Un pays qui n’honore plus ses engagements financiers fait « seulement » défaut et le problème passe sur ses créanciers. Bien sûr, un tel scénario représente un extrême qu’il vaut mieux éviter tant les conséquences sur le système financier peuvent être importantes.

Néanmoins, il y a défaut et défaut. Il y a l’option argentine, où le pays cesse purement et simplement d’honorer ses engagements puis, dans un second temps, négocie avec ses créanciers une décote sur sa dette. Cette solution n’a plutôt pas mal réussi au pays, qui s’est fortement redressé grâce au défaut et à la dévaluation très forte de sa monnaie. On peut d’ailleurs voir des similitudes entre la situation argentine et celle de la Grèce et de l’Irlande aujourd’hui.

En effet, l’Argentine s’était enfermée volontairement dans une forme d’union monétaire avec les États-Unis en liant sa monnaie au dollar. Mais l’augmentation plus rapide de ses coûts avait détérioré sa compétitivité, sans possibilité d’ajustement autre qu’une dévaluation interne par une baisse des prix et des salaires. Après avoir tenté l’option déflationniste, l’Argentine a choisi le défaut et la dévaluation. Aujourd’hui, après plusieurs années, il semble que c’était un bon choix.

ET SI LE DÉFAUT ÉTAIT JUSTIFIÉ ?

En outre, on peut se poser la question de la légitimité des différentiels de taux sur les dettes souveraines. Aujourd’hui, les investisseurs réclament des taux d’intérêts beaucoup plus élevés pour détenir les dettes des « PIIGS » mais voudraient qu’on leur garantisse le remboursement des créances. A nouveau, ils veulent le beurre et l’argent du beurre. Ils ne peuvent quand même pas avoir une rémunération beaucoup plus importante que celle des Bund tout en ayant la même sécurité.

C’est pourquoi il ne semble pas injuste que l’écart de rémunération implique une possibilité pour les États de restructurer leur dette. En simplifiant, soit un État qui emprunte 100 à 2,5% sur dix ans (l’Allemagne). Cet État va verser 125 au bout du compte. Un État qui emprunte à 9% (l’Irlande), versera 190, celui qui emprunte à 11% (la Grèce) versera 210. Ainsi, on pourrait déduire (de manière extrêmement approximative), qu’il y a une décote induite de 34% pour l’Irlande et de 40% pour la Grèce.

Du coup, pourquoi ne pas autoriser les États à restructurer à la hauteur de la décote induite par les marchés eux-mêmes ? Ce serait utiliser les marchés contre eux-mêmes. Plus les taux monteraient, plus les États pourraient restructurer de manière plus importante leur dette. En outre, il faut voir qu’une fois restructurée, les dettes souveraines deviendraient beaucoup plus soutenables, ce qui contribuerait à la stabilisation du système financier.

Si on extrapole les décotes des taux actuels, les pertes devraient pourvoir être absorbées par les banques. Certes, la méthode n’est pas scientifique, mais l’Espagne n’aurait pas besoin d’une grosse décote pour retrouver une situation plus viable car elle reste le pays le moins endetté d’Europe. Du coup, le gros des pertes serait sur des petits pays. Au pire, si des banques venaient à être mises en difficulté, ce pourrait être l’occasion pour les États de prendre leur contrôle, comme le soutient Frédéric Lordon.

La question du défaut ou de la restructuration des dettes souveraines doit être posée, calmement, sans tabou. Il n’est pas normal que la finance obtienne une rémunération supérieure sans en assumer le risque. Il s’agit peut-être d’une solution pas si déraisonnable à la crise actuelle.
Un point de vue que je partage totalement, et ce depuis longtemps.
Laurent Pinsolle est un souverainiste revendiqué. Il est d'ailleurs un des porte-parole de Debout la République. Les idées formulées sur son blog sont toujours très pertinentes. J'invite tout le monde à y faire un tour :


http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/


Je suis heureux de constater que tu te laisses gagner par les idées souverainistes.  ;)

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Message non lu par Nombrilist » 29 nov. 2010, 20:30:00

Et de Mélenchon. A quand une union sacrée ?  icon_biggrin
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Message non lu par johanono » 29 nov. 2010, 20:39:00

Mélenchon n'est pas souverainiste. C'est un internationaliste, comme toute l'extrême-gauche. 

Georges
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Message non lu par Georges » 29 nov. 2010, 20:57:00

Ce qui me gonfle chez Mélenchon et me fais douter de son honnéteté politique c'est que les élus du PG dans les Régions et les villes où le PS est majoritaire, ils votent et pratiquent une politique complétement contraire aux discours de Mélenchon. C'est d'ailleurs la même chose pour le PC. Un exemple Mélenchon et Laurent critiquent vivement, et à juste titre, le gouvernement de droite qui emploie de plus en plus de fonctionnaire au statut précaire, mais les élus PG et PC font exactement la même dans les conseils municipaux et régionaux.
Ce que je reproche à Mélenchon c'est d'avoir un double langage : la radicalité dans les discours à la télé et une gestion libérale dans les communes et les régions.

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Message non lu par El Fredo » 29 nov. 2010, 22:41:00

Il y a quand même de nombreux points de convergences entre les "souverainistes" d'une part, et Mélenchon et le PG d'autre part. Les deux sont opposés à la mondialisation financière et aux instances supranationales, comme la BCE ou la Commission Européenne, qui dépouillent les Etats de leur souveraineté sans pour cela se prévaloir d'une quelconque légitimité démocratique. Je n'aime pas trop le terme "internationaliste", il ne veut rien dire (tout comme "souverainiste" d'ailleurs).
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Message non lu par Nombrilist » 29 nov. 2010, 22:49:00

Merci El Fredo. De par ma petite phrase un peu provocatrice, c'est ce que je voulais dire.
Comment un homme politique français peut-il placer les intérêts de son propre pays derrière les intérêts d'un pays concurrent ? Simple: en se faisant élire sans être franchement ambiguë sur la question.

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Message non lu par johanono » 29 nov. 2010, 23:09:00

Certains souverainistes contestent eux-mêmes ce qualificatif, mais en ce qui me concerne, ce mot ne me gêne pas. Au contraire, il résume assez bien une pensée politique qui cherche à faire en sorte que la France retrouve sa souveraineté, économique, monétaire, diplomatique ou sociale. A leur façon, gaullistes et chevènementistes sont tous souverainistes. En revanche, ça me contrarie que les gaullistes soient associés à Mélenchon. Les gaullistes veulent rassembler le peuple français, Mélenchon les divise avec son discours marxiste de lutte des classes. Les gaullistes sont attachés au rayonnement diplomatique de la France, Mélenchon ne dit rien à ce sujet. Les gaullistes sont pour le protectionnisme (ou des procédés équivalents), Mélenchon ne dit rien à ce sujet. 

Pour en revenir au sujet du topic, les propositions de Laurent Pinsolle sont, comme toujours, très pertinentes. Mais il convient peut-être de réfléchir à une autre possibilité : plutôt de que de financer notre dette auprès des marchés financiers, pourquoi ne pas revenir à la planche à billets ? Certes, la planche à billets a tendance à générer de l'inflation, mais l'inflation est parfois un bon moyen de réduire les déficits.

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