La prime à la relocalisation n'est-elle qu'un leurre ?

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Libre Plume
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Message non lu par Libre Plume » 14 avr. 2010, 22:45:00

Atol (lunettes), Samas (meubles de bureau), Geneviève Lethu (arts de la table)... Et d'autres. Parties dans les années 1990, en Asie notamment, alléchées par les bas salaires. Elles ont déchanté.
C'est un retour massif ? Les délocalisations n'étaient pas massives, les relocalisations ne le sont pas. Les chiffres manquent. En Allemagne, une entreprise sur cinq passées à l'Est a fait demi tour. Le phénomène n'est pas négligeable.

En quelques chiffres : en 2009

5% des délocalisations ont débouché sur une relocalisation, sachant que la délocalisation est en elle-même minoritaire.

3 à 4% de la production industrielle et des services est délocalisée.


Relocalisation : Changement d'implantation géographique de tout ou partie des activités d'une entreprise, notamment pour réduire les coûts de production, ou changement d'emplacement d'une administration, en particulier dans le cadre d'une décentralisation.
 
La prime à la relocalisation n'est-elle qu'un leurre ?


Le monde.fr - El Mouhoub Mouhoud professeur d'économie à l'université Paris-Dauphine, auteur de "Mondialisation et délocalisation des entreprises"


« Trois raisons motivent la relocalisation. D'abord, du côté de l'offre, les possibilités de remplacer le travail peu qualifié par les machines ou les robots. Ainsi, la part des coûts salariaux dans le coût d'assemblage des puces électroniques est passée de 30 % à 40 % dans les années 1970 à moins de 4 % dans les années 1980 grâce à la robotisation. Dans les secteurs à "matières solides", comme la mécanique, l'automobile ou l'électronique, il n'y a pas d'obstacle technique à la robotisation. En revanche, dans l'habillement ou la chaussure, lorsque les matières manipulées sont souples, le travail occupe encore près des deux tiers du coût total dans l'assemblage.
Ensuite, du côté de la demande, les problèmes de réponse à la variabilité des consommateurs, la nécessité de coller aux marchés et fabriquer des séries courtes de produits dont le cycle de vie ne dépasse pas trois à quatre semaines dans l'habillement par exemple, et les problèmes de qualité ou de sécurité des produits importés assemblés en Chine ou dans d'autres pays à bas salaires, consacrent les échecs de la délocalisation et impliquent souvent le retour dans le pays d'origine ou à proximité des marchés comme solution de survie.
Toutefois, beaucoup de firmes qui délocalisent sont des championnes de la logistique et de la réponse rapide à la demande tout en continuant à délocaliser la production dans les pays à bas salaires. Enfin, les problèmes de coûts de transport et de coûts de coordination liés à la distance géographique interviennent surtout dans les activités pondéreuses (le poids des composants compte) mais n'affectent que marginalement les produits légers (l'habillement) ou les services (les centres d'appel, la maintenance informatique...).
 

La plupart des entreprises qui ont décidé de relocaliser dans leur pays d'origine l'ont fait indépendamment des aides publiques, parce que leurs opérations de délocalisation furent un échec ou parce qu'elles ont décidé de remplacer le travail par l'automatisation pour bénéficier de la proximité des marchés ».

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El Fredo
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Message non lu par El Fredo » 14 avr. 2010, 23:09:00

C'est logique, les délocalisations sont un miroir aux alouettes tant il y a de coûts cachés. Par exemple dans l'informatique une externalisation en Inde coute seulement 30% moins cher, soit à peine plus que la différence Paris-Province (en gros 20%, essentiellement en coûts salariaux).
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mps
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Message non lu par mps » 15 avr. 2010, 17:57:00

Le problème est bien plus complexe, et il n'y a pratiquement que des cas d'espèces.

Parce que le terme de délocalistion revet des situations très différentes.

- il y a la délocalisation obligée pour s'attaquer à un grand marché d'exportation. Ces marchés sont le fruit de longues négociations, et les pays ne s'ouvrent que s'il y a de l'emploi, une production importante, et même de l'exportation hors UE. Tel pays asiatique acceptera une marque de pneus, pour peu qu'ils soient produits chez lui, inonde le marché intérieur, mais aussi toute la zone + l'Afrique, par exemple. Aucune raison de re-localiser, bien entendu.

- il y a la délocalisation des composants. Aucune voiture européenne, aucune télévision, aucun gadget électronique ne fonctionne avec des composantes européennes. La France peut crier cocorico, elle ne fait plus que de l'assemblage, comme les autres pays UE d'ailleurs.

- le délocalisation des services est quasi totale. Aucun helpdesk qui vous répond ne se trouve plus près que le Maroc ou l'Asie.  Et tous les échanges inter bancaires français s'effectuent en Inde. J'aimele mignon qui remarque que cela "ne coûte que" 30 % moins cher ! Qu'il aille voir ce que font les entreprises pour économiser 0,25 % !!!

- que reste-t-il à relocaliser ? Quelques articles de mode un peu chers, dont le manager ne parle pas anglais, et s'empistrouille quand il passe à l'international.
Mais même pour le luxe, produire en Europe est devenu patiquement impossible ! La grand sellier belge Delvaux (équivalent d'Hermès) qui produit de petites pochettes dans les 4.000 euros et des sacs encore plus chers évidemment, et qui depuis 150 ans fait tout coudre à la main dans ses ateliers, vient de délocaliser lui-même une partie de sa production pour survivre. Les pièces reviendront aux 3/4 finies, et les maitres-artisans se contenteront de la touche finale.

Dans cette optique, les primes à la relocalisation me semblent tout à fait inutiles, pour ne pas dire sottes ou démogogiques. Vous n'aurez plus d'industries qui se battent, mais des producteurs qui se donneront en spectacle, entretenus par le gouvernement, un peu comme quelques vieilles dentellières de Bruges ... C'est assez dégradant.
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Message non lu par Nombrilist » 15 avr. 2010, 18:21:00

Analyse intéressante, pour une conclusion qui se tient. En effet, les subventions à l'installation existent déjà. Se réinstaller, ce n'est jamais que s'installer. Donc, on ne fait que renommer l'existant.

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Libre Plume
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Message non lu par Libre Plume » 15 avr. 2010, 21:13:00

Le dernier quart du vingtième siècle se caractérise par la mondialisation des problèmes économiques, certains pays développés ne renoncent pas pour autant à leur industrie de main d’œuvre.

Comme vous l’avez compris, les entreprises sont sensibles à l’état général de l’économie, celles qui relocalisent le font dans leur intérêt, c’est pour ça que cette prime nous semble inutile.


La conjoncture, l’inflation, la balance des paiements font partie des nouvelles presque tous les jours, ces données sont importantes en raison de leur conséquence sur notre vie quotidienne, dans nos sociétés bien des choses dépendent de facteurs telles que les délocalisations ou le taux de chômage.
Modifié en dernier par Libre Plume le 02 nov. 2012, 13:53:50, modifié 1 fois.

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Message non lu par El Fredo » 15 avr. 2010, 21:41:00

mps a écrit :- le délocalisation des services est quasi totale. Aucun helpdesk qui vous répond ne se trouve plus près que le Maroc ou l'Asie.  Et tous les échanges inter bancaires français s'effectuent en Inde. J'aimele mignon qui remarque que cela "ne coûte que" 30 % moins cher ! Qu'il aille voir ce que font les entreprises pour économiser 0,25 % !!!
Moi je te parle de secteurs à forte valeur ajoutée du type R&D informatique. Et je peux te garantir qu'à 30% un décideur réfléchira à deux fois vu les coûts cachés et les retours d'expériences négatifs. Il vaut mieux payer une équipe de jeunes ingénieurs débutants en province que de sous-traiter en Inde ou en Chine pour à peine moins cher, ces gars-là sont les champions du monde pour ce qui est d'interpréter les spécifications à leur avantage. Ce qu'on gagne en main d'oeuvre on le perd largement en sous-qualité et en travail amont (spécifications) et aval (QA, intégration, etc.). Sans parler de la maitrise approximative de l'anglais.
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Message non lu par mps » 16 avr. 2010, 10:04:00

Personne n'a délocalisé sa RD.
C'est quand on a raison qu'il est difficile de prouver qu'on n'a pas tort. (Pierre Dac)

Invité

Message non lu par Invité » 16 avr. 2010, 10:52:00

mps a écrit :Personne n'a délocalisé sa RD.
Merci, tu vas m'apprendre mon métier maintenant.

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Message non lu par El Fredo » 16 avr. 2010, 10:53:00

Le post ci-dessus est de moi.
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