Le scandale des agences de notation

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El Fredo
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Message non lu par El Fredo » 02 mai 2010, 21:16:00

http://www.calculatedriskblog.com/2010/ ... -must-say-…
Rating Agency Testimony: "Must say yes" to Wall Street

From Kevin Hall at McClatchy Newspapers: Executives testify: Bond-rating agencies corrupted themselves

Testifying under oath before the Senate Permanent Subcommittee on Investigations, officials who were closely involved in giving investment-grade ratings to complex financial instruments backed by shaky U.S. mortgages described how they were pressured to give Wall Street what it wanted.
...
Called to appear before the panel, Richard Michalek, a former Moody's vice president and senior credit officer, described the ratings process for deals that could bring more than $1 million in fees as a "must say yes" atmosphere.


The testimony is pretty amazing, but how is this being fixed?
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logan
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Message non lu par logan » 04 mai 2010, 07:36:00

Désolé cela va être un peu long mais je vais essayer de résumer au mieux ce que j'ai pu expliquer dans plusieurs fils.


Le scandal des agences de notation tient à mon avis plus dans le pouvoir que les institutions européennes ( ou peut être même d'autres états dans le monde ) leur accorde.

Car les institutions européennes obligent les états à financer leurs déficits sur les marchés financiers ( bref en vendant des obligations comme des bons du trésor en France ) ce qui a pour effet ipso-facto de soumettre la souveraineté des états à des décisions de tiers, tels que les agences de notation, chargées d'évaluer les risques pour les investisseurs que représentent ces obligations, par risques j'entends évidemment risques de non remboursement.

Plus concrètement, si une agence de notation décide, arbitrairement ( vu qu'il s'agit de risque il s'agit d'anticipation, aucun défaut de remboursement n'a jamais été encore constaté au moment d'une telle décision ), que les risques sont plus grands, elle peut décider de déclasser la notation des titres émis par un état, comme ce fut par exemple le cas pour la Grèce ou d'autres pays européens ( la note de leurs titres passant de A, la meilleure note à B ... ) et les conséquences furent immédiates. En conséquence, les taux d'intérêts auxquels les prêteurs acceptent d'acheter ces titres se sont mis à grimper, rendant pour l'état le financement de ses déficits publics beaucoup plus onéreux, et donc accroissant par la même occasion les risques de non remboursement. Ici on voit bien que les décisions de ces agences de notation en plus d'avoir des conséquences directes et graves pour les états et leurs peuples, ont le mérite, pour les agences de notation, d'être auto-réalisatrices. Les risques ( qui n'étaient pas forcément fondés au départ ) se confirment toujours ainsi à postériori à cause de cette décision.

Ceci soumet les états évidemment à des risques d'attaques spéculatives sur leur dette publique ou sur leur monnaie qui met à mal clairement leur souveraineté et place ainsi les investisseurs ( les créantiers ) en position de force par rapport aux états et à leurs peuples au point de pouvoir leur dicter jusqu'à des politiques sociales ou économiques et alors que ces investisseurs ne font pas partie de la nation et du pacte social et politique de ces états, qu'ils y sont pour la plupart étrangers, et donc qu'ils ne sont pas soumis eux-même aux conséquences de ces décisions.

Pour n'importe quel démocrate, cette situation de domination et d'ingérence est évidemment insupportable, et l'exemple Grec vient illustrer tout ceci avec fracas.

Car évidemment, encore faut-il que des éléments bien réels puissent permettre à ces agences de notation de convaincre les gens de ces risques et donc du bienfondé de leur décision, et il leur suffit de prendre un pays en difficulté pour rendre plausible leur inquiétude et entrainer ainsi avec eux suffisament d'investisseurs pour mettre en route des mouvements spéculatifs qui ne peuvent qu'entrainer avec eux le reste des investisseurs, qu'ils partagent ou non leurs convictions, à cause des logiques spéculatives. Car évidemment avoir seul raison sur les marchés financiers n'a aucun intérêt. Si tout le monde vend, et si la valeur des titres que l'on possède dégringole, l'investisseur peu importe ce qu'il pense de la qualité des titres grecs ne peut que suivre le mouvement s'il ne veut pas perdre une fortune.

Ceci vient renforcer encore plus le côté insupportable de cette situation, car un petit groupe d'investisseurs au porte monnaie suffisament garni et une agence de notation suffisent à déclencher de tels mouvements spéculatifs.

Ceux qui ont mis en place ce système complètement anti-démocratique vous diront qu'il n'existe pas d'alternative mais c'est totalement faux. Ce système a été mis en place en Europe à partir du traité de Maastricht, et en France les réformes qui ont préparé la mise en place de ce système ont débuté à la fin des années 1960 / début des années 1970. Avant, nous fonctionnions d'une manière différente, et il est malvenu de l'oublier.

Car absolument rien n'oblige l'état à financer ses déficits en émettant des obligations sur les marchés financiers, il faut en avoir conscience, c'est un choix politique. En France ce système a été mis en place avec la réforme de la banque de France en 1973. Avant 1973, l'état finançait ses déficits d'une manière totalement différente, il empruntait auprès de sa banque centrale, parfois gratuitement ( sans payer d'intérêt ) parfois en payant de legers intérêts ( ce qui revenait de toute façon au même vu que la banque de France était publique et donc ces intérêts revenaient à l'état sous forme de dividendes ou d'impôts ), bref il finançait ses déficits par la une méthode que l'on appelle "la création monétaire" ...

Et cela fonctionnait très bien !

Ceux qui veulent faire croire que le financement par création monétaire des déficits de l'état représente le mal absolu oublieront scrupuleusement l'existence de cette période de 1945 à 1973 qui coincide bizarrement avec la plus grande et longue période de prospérité en France au point que nous la surnomons "les 30 glorieuses".
Ils oublieront aussi, très bizarrement, que cette méthode est utilisée abondament actuellement par d'autres pays, dont en premier lieu les Etats-unis !
Et enfin ils oublieront l'hyppocrisie du système mis en place en Europe, car si effectivement il est interdit par les traités européens successifs depuis Maastricht à la banque centrale européenne d'acquérir directement des titres publics émis par les états, le diable est dans les détails comme on dit, plus précisément ici dans le mot "directement". Car en effet, rien n'interdit à la banque centrale de les acquérir indirectement, par exemple par l'intermédiaire de banques privées qui elles mêmes les avaient acheté aux états et ainsi au final de créer de la monnaie en échange de ces titres des états comme avant. Ainsi même en ce moment en Europe, ce qui selon ces gens constitue le mal absolu est tout simplement pratiqué chaque jour et abondamment de manière déguisée.

Car la banque centrale peut très bien dans ses opérations de refinancement des banques privées échanger de la monnaie centrale nouvellement créée contre des titres possédés par ces banques, peu importe la provenance de ces titres, du moment qu'ils correspondent aux fameux critères d'élligibilité de la banque centrale, en l'occurence ces critères se résument aux risques que ces produits financiers représentent, et donc aux notes que leur donnent les agences de notation.

Ainsi des titres publics des états qui apparaissaient dans les bilans des banques privées peuvent se retrouver par ces opérations de refinancement dans les bilans de la banque centrale européenne. Et au bout du compte de la monnaie aura bien été créée en échange de ces titres publics, même si il aura fallu passer par un intermédiaire.

Et les banques privées ne s'en privent pas car quoi qu'on en dise les titres émis par les états constituent les titres les plus surs qui existent.
C'est simple, en 2009, la quasi totalité des déficits publics des états européens, à l'exception de quelques pays, ont été financés par les banques privées. Cela signifie que la quasi totalité des titres émis par les états européens pour financer leurs déficits ont été rachetés par les banques privées, et ces titres se sont inexorablement retrouvés dans le bilan de la Banque centrale européenne au final.

Car si la banque centrale européenne prête aux banques privées de la monnaie créée à un taux d'intérêt de 1%, acheter des titres émis par les états contre des taux d'intérêt de 3, 4 ou 5% avec ce même argent, cela représente pour ces banques un joli profit, un marché assez juteux et surtout ce qu'il y a de plus sûr, le profit est garantit à 100%.

D'où l'hyppocrisie de ce système, dont finalement la conséquence n'est pas d'empécher les états de financer leurs déficits par création monétaire, vu que c'est indirectement ce qui continue à être fait, mais simplement par les institutions européennes d'offrir aux banques et d'une manière générale aux investisseurs, non seulement des marchés juteux et surs en ponctionnant des intérêts sur les dépenses des états, mais aussi un pouvoir sur ces mêmes états, un pouvoir qui leur permet de faire prévaloir leurs intérêts sur tout le reste, et en l'occurence sur l'intérêt général des peuples.

Quand un système est aussi inique, il n'y a pas d'autre choix que de le détruire et d'en battir un nouveau.

Il faut revenir très clairement à un système où les états pourront financer leurs déficits par création monétaire. Parce que c'est évidemment le système qui correspond le plus à l'intérêt général des peuples et le seul à garantir leur souveraineté.

Cela signifie beaucoup de choses. Par exemple cela démontre toute la supercherie de ces histoires de "faillite des états", car évidemment si l'état finance ses déficits par création monétaire, il ne peut pas faire faillite, cette faillite ne peut arriver que dans un système où l'état se finance sur les marchés financiers et où ces marchés financiers décident de ne plus lui prêter d'argent. Et ce sont donc des tas d'idées reçues qui s'écroulent. On constate très clairement jusqu'où peut mener une construction idéologique et les choses absurdes que l'on peut ammener à croire et à faire penser aux gens.

Le seul risque d'un système basé sur la création monétaire c'est le risque d'hyper inflation. Mais contrairement à ce qu'ont voulu faire croire les néo libéraux, ce risque est de même nature que le risque de faillite de l'autre système, c'est un cas extrême qui ne peut arriver que quand un certain nombre de circonstances très complexes sont réunies, je veux dire par là qu'il ne suffit pas de mettre en place un tel système pour qu'obligatoirement on se retrouve en situation d'hyper inflation comme le prouve son utilisation quotidienne aujourd'hui dans d'autres pays ou indirectement en France. Il nous suffit donc de mettre en place les règles et les structures nécessaires pour éviter un tel scénario, cela n'a rien d'impossible au contraire.

Il ne faut évidemment pas donner à l'état ( et donc aux gouvernants ) un pouvoir total sur l'utilisation de la création monétaire. Comme tout ce qui est total ou infini cela ne peut qu'être néfaste. Et on a vu par exemple dans des pays africains, certains dictateurs abuser de ce pouvoir de création monétaire tels des faux monnayeurs, et faire perdre ainsi à la monnaie de leur pays toute sa valeur.
Mais il existe de nombreuses organisations institutionnelles possibles qui peuvent nous permettre de limiter ce pouvoir et de nous assurer qu'il sera utilisé avec parcimonie pour l'intérêt de nos peuples, et non pour des intérêts électoraux par exemple, mais ces différentes organisations possibles, il faudrait simplement en débattre. Un tel débat serait salutaire et évidemment plus intelligent à faire que de passer son temps à se demander quelle est la meilleur façon de plumer le peuple grec ou encore comment sortir de l'euro ou des conneries comme ça. Bref plus intelligent que de continuer à se laisser être dominés et maltraités par les marchés financiers, dont on peut constater à quel point ils sont depuis quelques années devenus une calamité pour les peuples, au point de se poser des questions sur leur réelle utilité.

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Message non lu par mps » 04 mai 2010, 17:13:00

banane:
C'est quand on a raison qu'il est difficile de prouver qu'on n'a pas tort. (Pierre Dac)

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Message non lu par sarkonaute » 04 mai 2010, 19:18:00

Tous ensemble pour un nouveau rêve bleu avec Nicolas Sarkozy en 2012

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lancelot
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Message non lu par lancelot » 04 mai 2010, 20:42:00

mps a écrit : banane:

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Message non lu par mps » 05 mai 2010, 08:58:00

De même qu'un thermomètre peut être mal placé et donner un résultat faux, il peut arrive que les agences se trompent, ou surtout soient trompées ...

Par exemple, par un état voyou qui truque ses comptes.

Mais ce n'est pas une raison pour se passer de thermomètre.
C'est quand on a raison qu'il est difficile de prouver qu'on n'a pas tort. (Pierre Dac)

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Message non lu par Nombrilist » 05 mai 2010, 10:00:00

Quand un thermomètre ne donne pas les bons chiffres, c'est qu'il est cassé. Il faut alors en changer.

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Message non lu par El Fredo » 05 mai 2010, 10:18:00

mps a écrit :De même qu'un thermomètre peut être mal placé et donner un résultat faux, il peut arrive que les agences se trompent, ou surtout soient trompées ...

Par exemple, par un état voyou qui truque ses comptes.

Mais ce n'est pas une raison pour se passer de thermomètre.
Je vais me répéter, mais on ne peut comparer les agences de notation à un thermomètre : un thermomètre n'influe pas sur la température de son utilisateur.
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Message non lu par logan » 05 mai 2010, 12:37:00

El Fredo a écrit :
mps a écrit :De même qu'un thermomètre peut être mal placé et donner un résultat faux, il peut arrive que les agences se trompent, ou surtout soient trompées ...

Par exemple, par un état voyou qui truque ses comptes.

Mais ce n'est pas une raison pour se passer de thermomètre.
Je vais me répéter, mais on ne peut comparer les agences de notation à un thermomètre : un thermomètre n'influe pas sur la température de son utilisateur.
Bien dit ;)

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Message non lu par mps » 05 mai 2010, 23:25:00

Une agence de notation non plus. Par contre, le thermomètre comme l'agence de notation vont déclencher des réactions parfois outrées : les parents se ruent à l'hosto au lieu de donner un demi Dispril et les gens qui confondent bourse et casino vendent en masse.
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Message non lu par El Fredo » 05 mai 2010, 23:43:00

A la différence que les urgentistes tuent rarement leurs patients atteints d'une simple fièvre.
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Message non lu par mps » 06 mai 2010, 07:44:00

Et que les pays sains ne souffrent pas d'une spéculation occasionnelle ...
C'est quand on a raison qu'il est difficile de prouver qu'on n'a pas tort. (Pierre Dac)

logan
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Message non lu par logan » 06 mai 2010, 09:14:00

quel pays est sain aujourd'hui ? tous les pays sont endettés, partout la finance propage ses méfaits

mps semble avoir déjà oublié la crise financière et le système financier qui sont à l'origine de tout ce merdier ;)

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Message non lu par El Fredo » 06 mai 2010, 10:02:00

mps a écrit :Et que les pays sains ne souffrent pas d'une spéculation occasionnelle ...

Tu veux dire, comme le Royaume-Uni en 1992 ?
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Message non lu par lancelot » 06 mai 2010, 10:19:00

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