Ukraine : l'argent ou la liberté ?

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Yakiv
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Ukraine : l'argent ou la liberté ?

Message non lu par Yakiv » 13 janv. 2019, 13:06:32

Cet article montre très bien ce qui est pour moi une des principales problématiques sinon la principale problématique du conflit russo-ukrainien.

On dit souvent que les Ukrainiens sont culturellement proches des Russes mais en réalité, les Ukrainiens sont bien plus proches des Bélarusses.
Et c'est là qu'il est intéressant de comparer le destin de ces 2 pays depuis leur indépendance.
Le Bélarus n'est resté une démocratie que 2 ans et demi, à la suite de son indépendance en 1991 jusqu'en 1994. Il est, depuis, plus ou moins allié (ou inféodé, comme on veut) à la Russie.
L'Ukraine par contre, a toujours été une démocratie depuis 1991 et connaissait jusqu'à récemment une alternance politique entre pro-russes et pro-européens.

Aujourd'hui, l'Ukraine a par la force des choses choisi son camp, l'Europe.
Mais ce choix lui coûte cher. Comme le montre cet article, la Russie fait payer à l'Ukraine le baril de gaz à 400$, bien au-dessus du prix du marché. C'est le prix de la pénalité russe sur le gaz pour avoir quitté sa zone d'influence. A contrario, les Russes se montrent plutôt généreux avec leur allié bélarusse en leur vendant le baril de gaz au-dessous du prix du marché, autour de 100$.

L'Europe, elle, n'a que peu d'argent à offrir à l'Ukraine (la plupart des états et des peuples européens ne veulent, ni de son intégration dans l'UE, ni leur donner de l'argent).
Ce qui revient à dire que les Ukrainiens ont choisi en 2013 (sans en connaître tous les aboutissants à l'époque) entre la liberté et l'argent.
Remarquez que les Russes ont aussi été confrontés à ce type de choix qui impliquait la puissance ou l'argent. Ils ont choisi la puissance, sans hésiter.
Ukraine : Naftogaz dans l’œil du cyclone

03 janv. 2019, 14:29:58

L’ancien ministre ukrainien de l’Économie Vladimir Lanovoï (mars-juillet 1992) a déclaré le 3 janvier 2019 à la télévision ukrainienne qu’il était impossible d’envisager une baisse du prix du gaz tant que le monopole Naftogaz, responsable du transit et de la distribution de gaz en Ukraine, existait.

Le prix du gaz ne cesse en effet d’augmenter pour la population (+ 23,5 % lors de la dernière hausse, le 1er novembre 2018). Selon lui, la situation monopolistique de l’entreprise ne l’invite pas à chercher des sources alternatives de gaz qui permettraient de se fournir à moindre prix, dans l’intérêt du consommateur. L’unique solution, selon V. Lanovoï, consisterait à découpler Naftogaz et ses filiales, afin de créer des structures plus concurrentielles et plus saines.

La candidate à l’élection présidentielle Ioulia Timochenko s’est déjà prononcée avec insistance en faveur de la liquidation de Naftogaz, option rejetée par le Premier ministre en exercice, Volodymyr Groïsman, qui y verrait un « cadeau à l’ennemi ».

V. Lanovoï répondait là à une déclaration, un mois plus tôt, d’un député de la Rada d’Ukraine, membre de la « Plateforme d’opposition – Pour la vie », Nestor Choufritch, qui avait jugé que l’Ukraine pourrait tout à fait se fournir en gaz moins cher que ce qu’elle faisait actuellement. Le député avait mentionné en particulier les pourparlers en cours entre la Russie et le Bélarus concernant sur le prix du gaz en 2019. Selon N. Choufritch, le Président du Bélarus Alexandre Loukachenka souhaitait acheter le gaz russe 70 dollars le baril, alors que la Russie proposait 130 Dollars, sachant que le prix du marché était alors de 200 dollars. L’Ukraine, elle, déclarait le député, achetait son gaz 400 dollars… Dès lors, estimait-il, il n’y avait aucune nécessité d’augmenter le prix du gaz sur le marché intérieur mais des solutions existaient.

Ce à quoi un membre du comité en charge des questions budgétaires à la Rada, Viktor Pinzenik, avait rétorqué que le mieux serait vraisemblablement d’interdire l’hiver.

Indéniablement, la négociation sur le prix du gaz consenti par Moscou se fait difficilement. Notamment parce que Kiev craint que Gazprom refuse de signer un nouveau contrat de transit de gaz (à destination de l’Europe de l’Ouest). L’Ukraine vient d’ailleurs de décider, en amont des discussions trilatérales sur le sujet – elles incluent l’UE –, de réduire le prix du transit de moitié à partir de 2020 (le contrat la liant à la Russie expire fin 2019).

Sources : Newsone.ua, Gazeta.ru, Nezavissimaia Gazeta.

Céline BAYOUPublié le03/01/2019Géopolitique

Article complet sur http://regard-est.com/ukraine-naftogaz- ... du-cyclone
Modifié en dernier par Yakiv le 13 janv. 2019, 14:37:21, modifié 1 fois.

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johanono
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Re: Ukraine : l'argent ou la liberté ?

Message non lu par johanono » 13 janv. 2019, 13:19:55

Si les Russes veulent vendre du gaz moins cher à un pays ami et plus cher à un pays considéré comme ennemi, ils ont quand même le droit de le faire. C'est de bonne guerre. Alors bien sûr, les Ukrainiens doivent choisir. S'ils veulent être politiquement indépendants rapport à la Russie, il faut qu'ils acceptent d'en payer le prix économique. Ils ne peuvent pas, à la fois vouloir être autonomes politiquement par rapport à la Russie, tout en conservant les faveurs financières de ladite Russie. Et si les Européens ne veulent pas leur apporter de l'aide, alors ça va être compliqué pour eux...

Ceci dit, il ne faut pas oublier que la société ukrainienne est très clivée, très divisée. La division est surtout géographique, et cette division géographique est très nette. En gros, dans le tiers est du pays, il y a des oblasts dont la population est très majoritairement russophone, et dans les deux tiers ouest, il y a des oblasts dont la population est très majoritairement ukrainophone. Et cette division géographique du pays se retrouve dans les comportements électoraux : à chaque présidentielle, jusqu'en 2014, les oblstats ukrainophones votaient pour un candidat pro-européen, et les oblasts russophones votaient pour un candidat pro-russe. Voir par exemple le résultat du second tour de la présidentielle de 2010 entre Iouchtchenko et Ianoukovitch :

Image

Pour le pouvoir central de Kiev, il est forcément compliqué de commander des oblasts où la population se sent majoritairement russe.

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Yakiv
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Re: Ukraine : l'argent ou la liberté ?

Message non lu par Yakiv » 13 janv. 2019, 13:31:13

johanono a écrit :
13 janv. 2019, 13:19:55
Si les Russes veulent vendre du gaz moins cher à un pays ami et plus cher à un pays considéré comme ennemi, ils ont quand même le droit de le faire. C'est de bonne guerre. Alors bien sûr, les Ukrainiens doivent choisir. S'ils veulent être politiquement indépendants rapport à la Russie, il faut qu'ils acceptent d'en payer le prix économique. Ils ne peuvent pas, à la fois vouloir être autonomes politiquement par rapport à la Russie, tout en conservant les faveurs financières de ladite Russie. Et si les Européens ne veulent pas leur apporter de l'aide, alors ça va être compliqué pour eux...
Oui, je ne dis pas le contraire.
johanono a écrit :
13 janv. 2019, 13:19:55
Ceci dit, il ne faut pas oublier que la société ukrainienne est très clivée, très divisée. La division est surtout géographique, et cette division géographique est très nette. En gros, dans le tiers est du pays, il y a des oblasts dont la population est très majoritairement russophone, et dans les deux tiers ouest, il y a des oblasts dont la population est très majoritairement ukrainophone. Et cette division géographique du pays se retrouve dans les comportements électoraux : à chaque présidentielle, jusqu'en 2014, les oblstats ukrainophones votaient pour un candidat pro-européen, et les oblasts russophones votaient pour un candidat pro-russe. Voir par exemple le résultat du second tour de la présidentielle de 2010 entre Iouchtchenko et Ianoukovitch :

Image

Pour le pouvoir central de Kiev, il est forcément compliqué de commander des oblasts où la population se sent majoritairement russe.
Se sent "russophone" mais pas "russe", c'est quand même différent.

Tu as bien résumé le contexte politique régionale de l'Ukraine avant 2014. Mais ça, comme dirait l'autre, c'était avant.
En 2014, il s'est passé 2 événements sans précédent en Ukraine :
- la Russie est entrée en guerre contre l'Ukraine (concrètement, c'est ça qui se passe),
- un pro-européen est arrivé en tête des élections présidentielles dans toutes les régions du pays (conséquence directe du fait précédent).
En résumé, en 2014, la Russie a gagné la Crimée mais elle a perdu l'Ukraine (sans doute pour un bon moment).
Je ne vois pas les Ukrainiens voter en majorité pro-russe avant un certain nombre d'années... (alors qu'auparavant, l'alternance politique était assez fréquente).

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johanono
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Re: Ukraine : l'argent ou la liberté ?

Message non lu par johanono » 15 janv. 2019, 21:04:08

Il faut préciser que, dans les régions de l'Est sous occupation russe, on ne vote plus aux élections ukrainiennes. Donc forcément, si les régions pro-russes ne participent plus aux élections ukrainiennes, cela renforce la majorité des pro-Européens.

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Re: Ukraine : l'argent ou la liberté ?

Message non lu par Yakiv » 18 janv. 2019, 20:43:40

johanono a écrit :
15 janv. 2019, 21:04:08
Il faut préciser que, dans les régions de l'Est sous occupation russe, on ne vote plus aux élections ukrainiennes. Donc forcément, si les régions pro-russes ne participent plus aux élections ukrainiennes, cela renforce la majorité des pro-Européens.
Oui c'est vrai, mais quand même...

=> Oui, c'est vrai.
Si je prend en compte les circonscriptions où le scrutin n'a pas pu se tenir dans le Donbass (seulement 20% des bureaux de vote ouverts dans les oblasts de Donetsk et Louhansk) ainsi que celles de Crimée, annexée par la Russie, ça représente 6 millions d'inscrits.
6 millions d'électeurs à forte dominante pro-russe sur un total de 37 millions d'électeurs ukrainiens qui font donc gravement défaut aux candidats pro-russes.

=> Mais quand même.
Analysons les résultats dans des oblasts qui avaient toujours voté pro-russes depuis l'indépendance de l'Ukraine donc depuis 23 ans, ce sont les oblasts qui apparaissent en bleu foncé sur ta carte.
Les principaux candidats étaient, parmi les pro-européens : Porochenko, Timochenko, parmi les pro-russes : Tihipko, Dobkine.

- Odessa : 1- Porochenko (42%) 2- Tihipko (19%) 3- Timochenko (9%)
- Mykolaïv : 1- Porochenko (46%) 2- Tihipko (13%) 3- Timochenko (10%)
- Kherson : 1- Porochenko (49%) 2- Timochenko (11%) 3- Tihipko (10%)
- Zaporijie : 1- Porochenko (38%) 2- Tihipko (14%) 3- Timochenko (10%)
- Dnipropetrosk : 1- Porochenko (45%) 2- Tihipko (11%) 3- Timochenko (9%)
- Kharkiv : 1- Porochenko (35%) 2- Dobkine (26%) 3- Tihipko (9%)

Ce qui permet de conclure qu'en 2014, le rejet des candidats pro-russes a été massif, y compris dans l'est de l'Ukraine.

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