Les producteurs de lait en ont ras le bol

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johanono
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Message non lu par johanono » 13 août 2010, 22:43:00

Les producteurs de lait manifestaient à nouveau, ces derniers jours, contre la baisse des prix payés par les groupes laitiers aux producteurs. Finalement, un accord a minima est intervenu :

http://www.liberation.fr/economie/01016 ... atum-des-e…

Alors il est de bon ton de taper sur ces affreux groupes agroalimentaires qui rackettent les agriculteurs et ne respectent pas leurs engagements, mais le problème est plus profond :

http://www.agrisalon.com/06-actu/article-24296.php

En fait, ces crises répétées posent le problème du libre-échangisme européen et mondial.

A la base, nous avons des producteurs de lait qui réclament que les grands groupes agroalimentaires leur achètent leur lait plus cher. Sauf que ces grands groupes sont en concurrence entre eux. Supposons que l'un de ces groupes pris isolément accepte d'acheter le lait plus cher : il ne sera plus concurrentiel par rapport à ses concurrents. Supposons que, par miracle, un accord global intervienne et que tous les grands groupes agroalimentaires français donnent leur accord pour acheter le lait à un prix plus élevé. Ils ne seront plus compétitifs par rapport à leurs concurrents européens et mondiaux, et en plus, la Commission européenne risque de mettre son nez dans ce qu'elle considèrera comme une atteinte à la concurrence...

Et oui, c'est cela, l'Europe... icon_evil

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Nombrilist
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Message non lu par Nombrilist » 13 août 2010, 22:46:00

Alors que faut-il faire ? Laisser les choses en l'état et notre agriculture disparaître ? Ou bien... ?

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johanono
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Message non lu par johanono » 13 août 2010, 23:12:00

Si on veut à la fois empêcher la spéculation sur les denrées alimentaires, garantir la sécurité des approvisionnements alimentaires et garantir des revenus décents aux agriculteurs, la seule solution est d'instaurer un système de prix garantis.

L'autre problème des agriculteurs, c'est la concurrence internationale. Nos producteurs sont soumis à la concurrence d'agriculteurs étrangers, européens ou extra-européens, ayant des coûts de production moindres. Ils peuvent difficilement lutter... Et forcément, cette concurrence pousse les cours à la baisse, ce qui interdit à nos agriculteurs de vivre de leur production.

Je suis pour le libre-échangisme, à condition qu'il se fasse entre pays ayant à peu près les mêmes normes sociales et environnementales, donc à peu près les mêmes coûts de production.

Le protectionnisme européen serait donc un bon moyen de se préserver de la concurrence de pays extra-européens à faibles coûts de production et d'empêcher la chute des cours. Ce protectionnisme européen ne règlerait pas le problème des distorsions de concurrence qui existent à l'intérieur même de l'Union européenne, mais il règlerait au moins le problème de la concurrence extra-européenne.

Des prix garantis, un protectionnisme européen, tout ceci heurtera la Commission européenne, qui y verra une atteinte au dogme libre-échangiste.

On nous rétorquera qu'une telle perspective engendrera une hausse des prix à la consommation. Ce n'est pas si simple.

C'est la querelle entre le consommateur et le travailleur. Le consommateur exige des prix toujours plus bas, et si on veut le satisfaire, cela implique toujours plus d'importations, au détriment de l'emploi. Aujourd'hui, c'est la logique consumériste qui prime. Alors nous avons des prix bas, mais toujours plus de chômeurs...

A première vue, on peut penser que la chute des cours agricoles profite au consommateur français. C'est oublier que la chute des cours est partiellement compensée par des subventions massives, subventions qui au demeurant ne suffisent pas à empêcher de nombreuses faillites d'agriculteurs.

Autrement dit, ce que le consommateur français économise, il le paiera, en tant que contribuable...

Cela vaut pour l'agriculture comme pour l'industrie.

En plus, s'agissant des produits agricoles, il ne faut pas oublier que le prix des matières premières représente une faible partie du prix de l'aliment transformé acheté par le consommateur. Autrement dit, même si les prix payés par les sociétés agroalimentaires aux agriculteurs devaient augmenter, les prix payés par le consommateur n'augmenteraient que de façon minime.

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Nombrilist
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Message non lu par Nombrilist » 13 août 2010, 23:19:00

Johanono, tout ce que tu décris existe déjà et cela s'appelle la PAC (prix garantis ou subventions à la production, c'est du pareil au même). Et c'est vrai, l'Europe (qui a mis elle-même en place ce système) aimerait bien le démanteler, ce qui est une ânerie.

"Autrement dit, ce que le consommateur français économise, il le paiera, en tant que contribuable... "


Oui, c'est déjà le cas avec la PAC.

"Je suis pour le libre-échangisme, à condition qu'il se fasse entre pays ayant à peu près les mêmes normes sociales et environnementales, donc à peu près les mêmes coûts de production."


Moi aussi, ce sont les idées de J. Stiglitz, et ce serait merveilleux si on pouvait en arriver là.

J'aime beaucoup ton analyse. Je la partage.

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johanono
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Message non lu par johanono » 13 août 2010, 23:45:00

 
Johanono, tout ce que tu décris existe déjà et cela s'appelle la PAC (prix garantis ou subventions à la production, c'est du pareil au même). Et c'est vrai, l'Europe (qui a mis elle-même en place ce système) aimerait bien le démanteler, ce qui est une ânerie.

Mon pauvre, tu as 20 ans de retard !

Le système des prix garantis existait aux origines de la PAC, mais il a été démantelé depuis ! Le seul véritable instrument de régulation publique qui existe encore aujourd'hui, ce sont les quotas laitiers, mais ces quotas ne suffisent pas à enrayer la chute des cours.

Et dans le même temps, les barrières douanières, qui existaient également aux origines de la PAC, ont été quasiment toutes supprimées avec les accords du GATT et de l'OMC.

Nos producteurs se retrouvent ainsi en concurrence avec d'autres producteurs européens ou extra-européens ayant des coûts de productions moindres, et c'est cela qui provoque la chute des cours. Aujourd'hui, il reste encore des subventions, mais ces subventions ne compensent que très partiellement la chute des cours. Malgré les subventions, nos producteurs n'arrivent plus à vivre de leur métier.

Le débat entre maintenir ou supprimer la PAC est très réducteur. Dans l'esprit de beaucoup de gens, nos agriculteurs n'existeraient plus sans les subventions prévues par la PAC. Les gouvernements successifs français, qui déclarent refuser toute remise en cause de la PAC au motif qu'une telle remise en cause porterait préjudice à l'agriculture française, alimentent cette idée reçue.

Mais c'est plus compliqué que cela. Car la PAC actuelle, en organisant la chute des cours, en refusant toute régulation publique des marchés et en exposant nos producteurs à la concurrence internationale, provoque en réalité la ruine de nos agriculteurs ! En plus, il ne faut pas oublier que la France est contributeur net à l'Union européenne. Autrement dit, les subventions européennes touchées par les agriculteurs français, ça n'est jamais que de l'argent public français restitué à nos agriculteurs avec une étiquette "européenne" !

Alors supprimer la PAC, pourquoi pas, mais tout dépend pour quoi faire. S'il s'agit d'abroger toutes les subventions européennes, mais sans remettre en cause la logique libre-échangiste actuelle, ce sera pire que tout. Par contre, s'il s'agit d'abroger toutes les subventions européennes en contrepartie d'un retour à des prix garantis, alors c'est qu'il faut faire.

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Golgoth
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Message non lu par Golgoth » 14 août 2010, 00:09:00

Pour commencer il faudrait de la transparence, c'est à dire provenance du lait, et le détail prix de celui ci, le tout étiqueté sur le produit. On peut rêver.
T'es vraiment kon François, fallait créer une SCI. :mrgreen2:

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Message non lu par Nombrilist » 14 août 2010, 10:08:00

"Le système des prix garantis existait aux origines de la PAC, mais il a été démantelé depuis ! Le seul véritable instrument de régulation publique qui existe encore aujourd'hui, ce sont les quotas laitiers, mais ces quotas ne suffisent pas à enrayer la chute des cours."

Attends, tu as commencé ton laïus en parlant des denrées alimentaires en général. Donc moi j'ai parlé de toutes les cultures en général. Depuis oui, on a les quotas, qui sont liés à la terre que l'exploitant possède (et que l'Europe voudrait faire sauter alors qu'on surproduit déjà).

"Alors supprimer la PAC, pourquoi pas, mais tout dépend pour quoi faire. S'il s'agit d'abroger toutes les subventions européennes, mais sans remettre en cause la logique libre-échangiste actuelle, ce sera pire que tout. Par contre, s'il s'agit d'abroger toutes les subventions européennes en contrepartie d'un retour à des prix garantis, alors c'est qu'il faut faire."


Je suis d'accord, pourquoi pas ? Mais tu ne proposes pas une suppression de la PAC, mais une réforme. Qui va garantir les prix ?

"Pour commencer il faudrait de la transparence, c'est à dire provenance du lait, et le détail prix de celui ci, le tout étiqueté sur le produit. On peut rêver."

Pour la provenance, certaines marques l'indiquent, mais ce n'est effectivement pas une obligation.

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Message non lu par mps » 14 août 2010, 12:00:00

J'ai entendu hier que la Commission de Bruxelles, d'accord avec les producteurs de lait, avait fixé un prix majoré minimum jusqu'à la fin de 2010.

Ce minimum devrait être revu une seconde fois à la hausse en fin d'année.
C'est quand on a raison qu'il est difficile de prouver qu'on n'a pas tort. (Pierre Dac)

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johanono
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Message non lu par johanono » 14 août 2010, 15:27:00

 
"Le système des prix garantis existait aux origines de la PAC, mais il a été démantelé depuis ! Le seul véritable instrument de régulation publique qui existe encore aujourd'hui, ce sont les quotas laitiers, mais ces quotas ne suffisent pas à enrayer la chute des cours."

Attends, tu as commencé ton laïus en parlant des denrées alimentaires en général. Donc moi j'ai parlé de toutes les cultures en général. Depuis oui, on a les quotas, qui sont liés à la terre que l'exploitant possède (et que l'Europe voudrait faire sauter alors qu'on surproduit déjà).
Donc nous sommes d'accord : les prix garantis, la régulation publique des marchés, la préférence communautaire, ça existait aux origines de la PAC, mais ça n'existe plus aujourd'hui, à l'exception des quotas laitiers. 

"Alors supprimer la PAC, pourquoi pas, mais tout dépend pour quoi faire. S'il s'agit d'abroger toutes les subventions européennes, mais sans remettre en cause la logique libre-échangiste actuelle, ce sera pire que tout. Par contre, s'il s'agit d'abroger toutes les subventions européennes en contrepartie d'un retour à des prix garantis, alors c'est qu'il faut faire."

Je suis d'accord, pourquoi pas ? Mais tu ne proposes pas une suppression de la PAC, mais une réforme. Qui va garantir les prix ?
Fondamentalement, l'essentiel n'est pas de savoir s'il faut supprimer ou réformer la PAC, c'est de savoir si on veut ou non réguler les marchés, et si oui comment. Pour moi, l'essentiel, c'est qu'on arrive à se mettre d'accord sur un système de prix garantis et sur une préférence communautaire. Que cela se fasse dans le cadre d'une PAC réformée ou supprimée (les politiques agricoles redevenant alors la compétence des Etats), à la limite, peu importe, c'est accessoire.


 
"Pour commencer il faudrait de la transparence, c'est à dire provenance du lait, et le détail prix de celui ci, le tout étiqueté sur le produit. On peut rêver."

Pour la provenance, certaines marques l'indiquent, mais ce n'est effectivement pas une obligation.
Les indications sur la provenance du produit sont assez fréquentes aujourd'hui. Les indications sur le prix payé au producteur sont beaucoup plus rares. Mais même si elles étaient plus fréquentes, je doute que cela influencerait le consommateur. Il y a quelques années, sous Jospin, je crois, avait été mis en place un système de double affichage pour les fruits et légumes (c'est-à-dire indication du prix réel et du prix payé au producteur). Ce système a été abandonné assez vite. Tout simplement parce que chaque consommateur, pris isolément, est obnubilé par la recherche des prix les plus bas possibles, et ne fait pas attention au reste.

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Message non lu par Nombrilist » 14 août 2010, 17:44:00

"Fondamentalement, l'essentiel n'est pas de savoir s'il faut supprimer ou réformer la PAC, c'est de savoir si on veut ou non réguler les marchés, et si oui comment. Pour moi, l'essentiel, c'est qu'on arrive à se mettre d'accord sur un système de prix garantis et sur une préférence communautaire. Que cela se fasse dans le cadre d'une PAC réformée ou supprimée (les politiques agricoles redevenant alors la compétence des Etats), à la limite, peu importe, c'est accessoire."

On est d'accord sur la nécessité d'une régulation. Mais je pense qu'une coordination des production agricoles au niveau européen reste la meilleure chose à faire, avec une régulation forte pour lutter contre les production à bas prix extra-européennes. Sinon, on va revenir à l'ancien temps: les pays de l'Est vont sombrer à nouveau et revenir dans le giron de la Russie.

"Tout simplement parce que chaque consommateur, pris isolément, est obnubilé par la recherche des prix les plus bas possibles, et ne fait pas attention au reste."


Ce n'est pas vrai. Sinon, personne n'achèterait Bio et les rayons de Carrefour ou Auchan seraient désert.

PatJol
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Message non lu par PatJol » 14 août 2010, 20:53:00

La production bio est très largement importée.

On produit très peu de bio en France.
Dans une discussion, le difficile, ce n'est pas de défendre son opinion, c'est de la connaître.
André Maurois

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Message non lu par Nombrilist » 14 août 2010, 21:02:00

Là n'était pas la question. Je démontrais simplement que les consommateurs ne sont pas obnubilés uniquement par le prix. La qualité compte. Quant à dire que la France produit peu de bio... On importe, c'est indéniable, mais peux-tu nous donner des chiffres ?

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Message non lu par PatJol » 14 août 2010, 21:08:00

En 2008, 1 % de la production de lait français était bio :
http://www.planetoscope.com/agriculture ... e-lait-bio…
Dans une discussion, le difficile, ce n'est pas de défendre son opinion, c'est de la connaître.
André Maurois

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Message non lu par Nombrilist » 14 août 2010, 21:14:00

Ce n'est qu'un pourcentage relatif, qui ne démontre pas la faiblesse de la production, puisque la France produit énormément de lait. Dans l'absolu, 236 millions de litre de lait bio ont été produits. ça n'est pas rien. De plus, la production bio française est extrêmement diversifiée.

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Golgoth
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Message non lu par Golgoth » 14 août 2010, 21:34:00

Le bio est importé car certains bobos veulent du bio mais gardent leurs habitudes d'avoir du raisin en février et des courgettes en novembre.
Ce qu'il faut privilégier ce sont les circuits courts, pour le lait directement sous le pie c'est encore mieux icon_mrgreen
T'es vraiment kon François, fallait créer une SCI. :mrgreen2:

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