Le désir nous éloigne-t-il du réel ?

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Kimon
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Message non lu par Kimon » 23 sept. 2010, 21:07:00

Le désir nous éloigne-t-il du réel ?


La relation au réel pose un problème tout particulier dans le cas du désir car ce sentiment est inséparable de l'imagination. En effet, tout désir exprime un écart tantôt minimal, tantôt maximal avec la réalité quotidienne et concrète.
C'est pourquoi il est fréquemment reproché au désir de nous faire entrer dans un monde irréel où l'illusion dominerait toute vérité. C'est ainsi que le désir a souvent été condamné moralement socialement ou moralement en tant que force subversive : si le désir n'en fait qu'à sa tête, il semble être un sentiment littéralement anarchiste.
Pour autant, cette liberté, voire cette licence que s'autorise le désir n'est pas réductible à un mouvement de contestation sociale ou morale car le désir est également le moteur même de toute activité humaine qui ne peut pas être toujours rationnelle et volontaire.
Par conséquent, le désir, loin de se contenter de fuir la réalité, est enfin une force de transformation et souvent une force d'amélioration de celle-ci.
C'est l'imagination qui gouverne le monde (Napoléon 1er)

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racaille
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Message non lu par racaille » 23 sept. 2010, 21:58:00

Ca me fait penser qu'à un moment on appelait les deleuziens les "anarcho-désirant".

En tout cas je suis d'accord avec ta conclusion qu'il conviendrait de rappeler à tous les pisses-froid réactionnaires et moralisants qui cherchent par tous les moyens à tuer le désir comme on scie la branche sur laquelle on est assis.

PS : sans vouloir te sucer les boules je dois dire que j'admire ta capacité de synthèse, c'est un plaisir de lire ce genre de petit texte concis et précis icon_cool
Ce qui distingue principalement l'ère nouvelle de l'ère ancienne, c'est que le fouet commence à se croire génial. K M

lancelot
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Message non lu par lancelot » 23 sept. 2010, 22:26:00

 
En tout cas je suis d'accord avec ta conclusion qu'il conviendrait de rappeler à tous les pisses-froid réactionnaires et moralisants qui cherchent par tous les moyens à tuer le désir comme on scie la branche sur laquelle on est assis.
On ne désire pas le réel,  chacun imagine le réel idéal, fruit de son imagination. Le réel palpable, soit la réalité est déjà le passé. A cet égard l'imagination n'y joue plus aucun rôle. L'imagination est donc le moteur de l'évolution personnelle, mais multiplié par le nombre d'individus c'est bien la projection de l'avenir.

 
Par conséquent, le désir, loin de se contenter de fuir la réalité, est enfin une force de transformation et souvent une force d'amélioration de celle-ci.
Oui, dès lors que l'on est vivant au sens ou l'on a encore foi dans sa capacité (a minima) de se construire.

Ou veux tu en venir ? icon_biggrin

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lucifer
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Message non lu par lucifer » 23 sept. 2010, 22:29:00

La vache, je suis scotché, là .....................
C'est vachement beau ce que tu viens d'écrire icon_eek

Perso, je desire souvent gagner au loto , et quand je regarde les résultat, pendant 20 secondes, je m'échappe de la réalité. Mias bon, le reel revient très vite dés que les boules tombent icon_mrgreen
Maintenant que j'habite en province, je suis devenu peace and love. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ( surtout les descendants d'immigrés des cités que j'adore dorénavant )

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El Fredo
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Message non lu par El Fredo » 23 sept. 2010, 22:41:00

C'est une vision du désir qui est d'autant plus intéressante qu'elle est en totale opposition avec la vision bouddhiste, qui aspire à l'éveil de l'individu par l'extinction du désir, source de frustration et donc de souffrance. Le fait que le bouddhisme considère le monde des sens comme une illusion masquant la réalité n'y est certainement pas étranger.
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lancelot
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Message non lu par lancelot » 23 sept. 2010, 22:52:00

J'ai beaucoup d'intérêt pour le boudhisme, mais je me suis toujours heurté à la différence de culture (asie Vs occident) qui me rend cette transcription de la recherche de la plénitude difficile a appréhender.

Pour moi, le monde des sens est excessivement dangereux, mais  aussi très excitant, même si les conséquences peuvent être violentes ce que le bouddhisme cherche justement à écarter .

Ou se situe l'origine de cette différence ?

Kimon pourrait peut être nous répondre, moi  .... même si j'ai un avis je crois qu'il ne mérite même pas d'être écrit ... icon_biggrin

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El Fredo
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Message non lu par El Fredo » 23 sept. 2010, 22:58:00

En cherchant un peu j'ai trouvé cette page comparant le christianisme et le bouddhisme, approche que je trouve intéressante comme introduction au bouddhisme pour nous occidentaux judéo-chrétiens :
http://christianisme.homily-service.net/bouddhisme.html
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racaille
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Message non lu par racaille » 23 sept. 2010, 23:05:00

El Fredo a écrit :C'est une vision du désir qui est d'autant plus intéressante qu'elle est en totale opposition avec la vision bouddhiste, qui aspire à l'éveil de l'individu par l'extinction du désir, source de frustration et donc de souffrance. Le fait que le bouddhisme considère le monde des sens comme une illusion masquant la réalité n'y est certainement pas étranger.


C'est cette mentalité ascétique qui lutte contre le désir depuis la nuit des temps. Epicure prônait la réduction drastique des désirs afin d'être à même de réaliser de manière optimale ceux que l'on s'autorise. Une sorte d'hédonisme en creux à base d'économie des désirs. Et encore c'est loin d'être le pire, lui au moins n'a pas élevé la répression contre soi-même au rang de vertu comme n'a pas hésité à le faire Saint-Paul et ses zélateurs postumes.

Par contre je ne suis pas tellement d'accord avec la thèse qui tient le désir pour éloigné de la réalité. Quand on échappe au réel on ne désire plus, on délire ; c'est très différent. Le désir se rapporte toujours à la réalité même s'il est effectivement tourné vers l'avenir, encore en suspens. Par exemple je ne sais pas si avoir envie de voler comme un oiseau peut être considéré comme un désir au sens propre du terme. J'ai plutôt tendance à voir le désir comme la promesse de réalisation d'un plaisir plus ou moins lointain et non pas comme une fantasmagorie abstraite. Mais je peux me tromper :)
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lancelot
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Message non lu par lancelot » 23 sept. 2010, 23:12:00

 
En cherchant un peu j'ai trouvé cette page comparant le christianisme et le bouddhisme, approche que je trouve intéressante comme introduction au bouddhisme pour nous occidentaux judéo-chrétiens :
C'est en effet simple et montre bien la différence fondamentale avec le christianisme en ce sens que l'être suprème qui peut nous laver de nos péchés n'existe pas.

 


L'originalité de l'anthropologie du Bouddha est de définir le sujet personnel comme un être de désir, mais un désir aussi vain que le sujet qui l'entretient.

C'est aussi comme il est dit en préambule assez pessimiste ....

mais aussi très optimiste pour celui qui a le désir de se trouver ...

 


Il n'y a rien de permanent, d'éternel et sans changement dans la totalité de l'existence universelle


lancelot
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Message non lu par lancelot » 23 sept. 2010, 23:22:00

 
Par contre je ne suis pas tellement d'accord avec la thèse qui tient le désir pour éloigné de la réalité. Quand on échappe au réel on ne désire plus, on délire ; c'est très différent. Le désir se rapporte toujours à la réalité même s'il est effectivement tourné vers l'avenir, encore en suspens. Par exemple je ne sais pas si avoir envie de voler comme un oiseau peut être considéré comme un désir au sens propre du terme.
Le désir et le délire sont effectivement très éloignés : si l'un a une base, l'autre s'en détache et voler comme un oiseau s'apparente pour moi à la seconde hypothèse bien que l'image choisie permette quand même une interprétation réelle, l'homme ayant inventé le moyen de voler .... ce qui réaffirme le fondement du bouddhisme tout en s'en écartant dans un premier temps.


 
J'ai plutôt tendance à voir le désir comme la promesse de réalisation d'un plaisir plus ou moins lointain et non pas comme une fantasmagorie abstraite.
Et pourtant, n'est ce pas le cas ? icon_biggrin

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Message non lu par racaille » 23 sept. 2010, 23:32:00

Va falloir que je me penche sérieusement sur la question. Mais pas ce soir :)
Ce qui distingue principalement l'ère nouvelle de l'ère ancienne, c'est que le fouet commence à se croire génial. K M

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Message non lu par lancelot » 23 sept. 2010, 23:38:00

icon_biggrin A plus !

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Message non lu par Kimon » 24 sept. 2010, 20:17:00

Déjà je suis ravi que le sujet vous captive, ainsi que ma petite introduction.


En fait dans ce sujet, j'ai personnellement une idée de plan (qui n'est qu'une possibilité).


1- Par son lien à l'imaginaire, le désir s'apparente bien à une rupture vis-à-vis du monde réel.
2- Cependant, tout désir n'est pas réductible à cette tentation de l'échappatoire : le désir est aussi invention du possible.
3- En définitive, le désir, loin de s'opposer à la réalité, exprime la puissance humaine qui agit pour remplacer la réalité : la nécessité du désir en tant que vecteur d'utopie.


Ce qu'il faut bien comprendre dans ce plan, c'est qu'à court terme le désir c'est effectivement une projection dans l'imaginaire et donc un éloignement du réel, et à long terme cette projection nous permet finalement de mieux appréhender la réalité.


@racaille : Merci pour ce compliment, cependant c'est un peu normal étant donné que je passe ma vie à ça.


@lancelot : Je suis tout à fait d'accord avec ton message de 22:26. L'imagination c'est bien le moteur de l'évolution personnelle. Cela montre bien qu'imaginer, c'est au final se rapprocher de la réalité, et pas seulement s'en éloigner
Concernant l'origine des différences, je n'en sais rien ... vraiment rien. Je limiterais (sûrement à tort) ces divergences aux simples mentalités et contextes sociaux. Mais si quelqu'un a des éléments plus intéressants, je suis preneur.
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lancelot
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Message non lu par lancelot » 24 sept. 2010, 23:54:00

 
@lancelot : Je suis tout à fait d'accord avec ton message de 22:26. L'imagination c'est bien le moteur de l'évolution personnelle. Cela montre bien qu'imaginer, c'est au final se rapprocher de la réalité, et pas seulement s'en éloigner
Concernant l'origine des différences, je n'en sais rien ... vraiment rien. Je limiterais (sûrement à tort) ces divergences aux simples mentalités et contextes sociaux. Mais si quelqu'un a des éléments plus intéressants, je suis preneur.
Sur l'origine des différences, je ne suis pas sur que tu aies tort. j'avoue volontiers que les contextes sociaux influent sans conteste l'imaginaire et par voie de conséquence  encore plus les mentalités. Se rapprocher de la réalité par l'imaginaire est éminemment personnel et induit a la fois une conscience propre et un cadre contextuel  dans lequel celle ci se positionne.

Nul doute que cette notion environnementale joue un rôle important et nécessaire pour être inclus dans la synthèse qui tend à définir un cadre acceptable dans lequel chacun se positionne tout en apportant a la fois une posture individuelle réfléchie et son insertion dans un courant compatible avec son environnement proche et sa démarche intellectuelle.

Le progrès de l'âme, au sens large, et de la conscience au sens commun ne peut à mon sens raisonnablement se dissocier frontalement  du groupe dans lequel il est censé s'insérer.

La réalité de l'imaginaire ne serait donc pas seulement une affaire personnelle, mais une démarche individuelle liée à celle d'un groupe de pensée.

C'est un vaste sujet .... et j'avoue qu'il me dépasse ....

bye 2
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Message non lu par bye 2 » 25 sept. 2010, 05:04:00

Je pense que tout ce qui est construit, induit dans le réel, comporte un agencement de concret auquel nous ajoutons, suivant les individus, une relation personnelle, un contact souvent gainé d'imaginaire. C'est-à-dire que notre sensibilité, notre rêve éveillé, est partie intégrante du réel.
C'est un peu ce qu'affirment les symbolistes : le réel se teinte de la couleur que nous y apportons, suivant l'état où nous sommes.

Sue ce vaste sujet, je dégagerais un aspect; celui de l'ordre multi-faces, englobant son poids politique, social, mais aussi physique, moral, corporel,..
En fait, le désir qui meut chaque individu, charnellement, psychiquement, .., est une tentative, un ressort quasi génétique d'achapper au "marquage" spatial, par exemple.
L'ordre ( jusque dans les mots : syntaxe ) est une tyrannie exercée sur un corps social, certes, mais dans toute composante du vivant, jusque et y compris dans l'expression.
C'est aussi pour cette raison, que le mouvement anarchiste ne peut être réduit à sa composante politique et sociale, mais plutôt comme antinomie du figement; son alter ego pouvant être nommée poésie.
Et non seulement, cet ordre est source de pesanteur, d'injustice, car ne correspond bien souvent qu'à un moment de l'évolution ( et encore! ), mais il fige toute émancipation.D'où la nécessité de révolution permanente, en tant que mouvement.

Pour terminer, le désir est une aspiration collée à l'être , car exprimant la volonté de ne pas étouffer, mais surtout la plus directe et personnelle voie vers un monde composite, un réel de plus en plus complexe.

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