Le NPA

Nico37
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Re: Le NPA

Message non lu par Nico37 » 28 avr. 2012, 22:41:07

Nombrilist a écrit :Excellente cette vidéo de Poutou-Arthaud. Je crois que Valls, avec son balai dans le cul, doit se demander ce qu'il fout là.
Valls vient d'une famille franquiste et est ami avec Bauer, il n'a jamais bossé de sa vie, tu m'étonnes qu'il soit bouche bée devant des travailleurs...

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El Fredo
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Re: Le NPA

Message non lu par El Fredo » 29 avr. 2012, 00:43:02

Je croyais que le père de Valls était un républicain catalan ?
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Nico37
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Re: Le NPA

Message non lu par Nico37 » 29 avr. 2012, 10:01:41

El Fredo a écrit :Je croyais que le père de Valls était un républicain catalan ?
Le reste de la famille était franquiste : ils ont planqué des prêtres etc.
Le jour d'après: Philippe Poutou Jacques Fortin

Hé bien voilà, il semble bien que celui qu'on a pris pour "lou ravi" de cette élection, sorti de son usine comme un faux diable de sa boite, représentant, faute de Besancenot, un parti en dérive que certains de ses membres s'attachent à disloquer (et moquer son candidat), voilà que ce prétendu "sectaire doux" qu'on disait faux nez de la branche archéo et radoteuse du trotskisme, celui que la nomenklatura médiatique (et philosophique, Onfray qu'est ce qui t'a pris ?) giflotait en public en pensant pouvoir s'en gausser sans dommage, celui que déploraient au nom de l'unité les ennivrés des envolées lyrico-ronchonnantes d'un ex-trotskiste, vrai républicano social démocrate, franc maçon interclassiste (mais si), sénateur à vie (presque) et vaguement néostalinien, bref voilà que l'égaré de service qui ne savait pas rester à sa place (et a eu du mal à s'en déshiniber), redonne au NPA son visage attractif et son air de "Nouveau parti anticapitaliste", nouveau là encore !

Drôle de mélange ? beaucoup d'insolence rieuse d'abord, les institutions il s'en fout, les riches il faut les plumer, le travail c'est trop dur, rien faire c'est bien mieux, bref un joli vent au parfum libertaire qui porte la lutte des classes ailleurs que dans les xièmes républiques et les révolutions par les urnes ("les urnes sont tristes et on a lu tous les programmes" - hum). Il n'en exige pas moins l'impossible autrement dit la seule solution raisonnable dans ce monde de fous furieux : l'interdiction des licenciements parce qu'avant de licencier on pourrait pomper sur les profits, non ? et qu'en fait d'assurance obligatoire le patronat pourrait s'assurer pour garantir le salaire à ses salariés, non ? la socialisation du capital et la décision collective des investissements, planifiée mais au plus près des populations, du travail pour tous avec baisse massive du temps de travail pour que la productivité profite aux salariés et pas aux rentiers, la révolution productive pour qu'on cesse de tirer sur la planète comme on a tant tiré sur les peuples (au propre et au figuré) et qu'on produise "à l'essentiel", pour les besoins, bêtement, et selon ce qui est soutenable, ben oui, enfin la répartition des richesses créées (ça alors, quelle idée folle).

Bref un programme qui ne raconte pas d'histoire mais qui veut faire l'Histoire, la grande, celle qui ne se concocte pas dans les think thank de soi-disant "sachants" payés par les possédants, l'Histoire qui ne se maquille pas sous les apprêts des entreprises de comm', celle qui ne la joue pas rencontre d'un homme avec La France (laquelle d'ailleurs ? Versailles ? La commune ? Le Fouquet's ou l'usine Ford ? Le XVI° ou les quartiers nord de Marseille ? Les massacres de Tlemcen ou l'abolition de l'esclavage ?). Leur France qui me débecte. Je changerais bien de nom à ce pays si taché de souffrances infligées, de crimes et de rapacité, mais bref... Mélenchon va se fâcher.

Donc voilà, le jour d'après, mission étant accomplie, il va retourner d'où il n'est jamais parti, avec ses collègues, ses camarades, et requinqué par cette campagne au départ fragile et si bien assumée. Nous avec. Merci Philippe, merci les quelques uns qui contre vents et marées, malgré les sectaires et les désorientés, les inquiets et les démoralisés, ont voulu que l'anticapitalisme dans ce pays ait toujours sa place aujourd'hui, et dans l'esprit, la continuité du projet NPA. D'autres pensaient qu'il faudrait s'arc-bouter sur d'improbables fondamentaux comme autant de boucliers bavards et oiseux contre la dureté des temps, d'autres encore cessaient de penser et pris de panique s'en sont allés vers d'autres mirages, encore des mirages. Ah les mirages !

Voilà. L'anticapitalisme a sa place, quel que soit le score, il va devoir ferrailler ferme pour éviter que les mirages n'emportent ceux qui, en désespoir de cause, s'y adonnent une fois de plus dans notre histoire. Ferrailler en étant unitaire pour tous. Unitaire pas unitariste, une unité résolument indépendante de toutes les politiques qui font vivre ou survivre le libéralisme, résolument résistante à tous les arrangements, résolument décidée à ce qu'il n'y ait ni sauveur suprême ni parti guide ni tacticaille "en attendant que...", décidée à ce que "prenez le pouvoir" ne soit pas un slogan attrape mouche pour occuper plus de fauteuils institutionnels, mais un objectif direct, puis une réalité pour et par les millions de Mr et Mme Poutou qui le valent bien.

Le jour d'après, ce sera à eux, à nous...

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Re: Le NPA

Message non lu par wesker » 29 avr. 2012, 10:56:48

Philippe Poutou cloue le bec de M. Valls sur le terme "croissance" employé par Mario Draghi et que Hollande a voulu reprendre à son compte dans le cadre de cette campagne. Il n'en demeure pas moins que ce genre d'attitude électoraliste décrédibilise les propos de ces politiciens professionnels.

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Re: Le NPA

Message non lu par Nico37 » 30 avr. 2012, 21:12:04

Philippe Poutou, la lueur libertaire (Chronique de Thomas Legrand sur France Inter)

Je pense que l’on ne s’en est pas encore aperçu jusqu’ici mais Philippe Poutou est en train de devenir culte. L’attitude, la désinvolture modeste de Philippe Poutou vis-à-vis du pouvoir, des médias, des codes de la représentation de la politique, donnent l’impression que quelqu’un vient juste d’ouvrir grand la fenêtre. Philippe Poutou est à des années lumières du discours borduré, rodé, formaté (responsable peut-être) des autres candidats impeccablement « brushingués ».

(...)

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Re: Le NPA

Message non lu par wesker » 01 mai 2012, 11:15:08

De ce point de vue, force est de reconnaître à Philippe Poutou l'authenticité et la sympathie du personnage. Evidemment, ses solutions ne me semblent pas être celles dont le pays a besoin, mais cela n'enlève rien aux qualités extra politique de l'individu qui a su, malgré les codes se forger une personnalité au cours de cette campagne !

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Re: Le NPA

Message non lu par Nico37 » 01 mai 2012, 21:30:44

wesker a écrit :De ce point de vue, force est de reconnaître à Philippe Poutou l'authenticité et la sympathie du personnage. Evidemment, ses solutions ne me semblent pas être celles dont le pays a besoin, mais cela n'enlève rien aux qualités extra politique de l'individu qui a su, malgré les codes se forger une personnalité au cours de cette campagne !
Tu veux dire trouver une place dans le cirque politique :?: Car comme tous les salariés Ford il a été menacé de licenciement pendant 3 ans : ça forge le caractère d'expliquer l'incertitude à ta famille, passer ton temps à " rassurer " le banquier que s'il y a 300€ de découvert ça sera payé, à soutenir tes collègues qui craignent d'être dans la prochaine charette, d'organiser la résistance (quasiment poste par poste pendant que tu as la maîtrise et les cadres qui sont tous UMP & FN qui te pourrissent le quotidien en plus de te surveiller)...
Dans la rue dès le 1er Mai. Dégageons Sarkozy, combattons l’extrême droite  ! Hebdo Tout est à nous ! 146 (26/04/12) Philippe Poutou

Le 1er Mai, journée de lutte internationale des travailleurs et des travailleuses, se déroulera dans un contexte particulier en France. Celui de l’entre-deux tours de l’élection présidentielle. Cette journée prend une tournure particulière, elle doit être l’occasion d’une mobilisation la plus large possible antiraciste et anti-austérité, contre la droite et l’extrême droite.

Après le premier tour de l’élection présidentielle, les manifestations du 1er Mai viendront rappeler que, si nous voulons virer Sarkozy et sa bande le 6 mai, ce sera bien par nos propres luttes sociales et politiques que nous pourrons réellement changer les choses. Sarkozy et son gouvernement ont mené pendant cinq ans une politique pour leurs amis les riches, une politique de démolition systématique de nos conquêtes sociales en appliquant à la société française le traitement de choc du Medef. Son bilan, c’est plus d’inégalités, plus d’injustices, plus de divisions, moins de libertés et un discours raciste et xénophobe de plus en plus décomplexé. Pendant toutes ces années, il a couru derrière le discours du FN, opérant une mue de la droite extrême à l’extrême droite, et contribuant ainsi à donner du crédit aux idées nauséabondes du FN et de sa candidate Marine Le Pen.

Et le résultat est là : le FN vient de faire avec 18 % le score le plus haut de son histoire, confirmant ainsi que l’original est préféré à la copie. La brutalité des attaques antisociales, les politiques d’austérité et la dégradation des conditions de vie des classes populaires forment un terreau favorable à la démagogie d’extrême droite. La candidate du FN version 2012 a fait mine de défendre les pauvres contre les puissants mais elle s’est gardée d’avancer la moindre mesure qui pourrait gêner les capitalistes. Par contre, elle a flatté tous les préjugés racistes et islamophobes.

Le 1er mai 2012 prend donc une tournure particulière. Celle d’une riposte antiraciste et antifasciste contre la droite. D’autant plus que Marine Le Pen veut aussi en faire une démonstration de force et que Sarkozy vient d’annoncer qu’il organisera « un très grand rassemblement » autour du « vrai travail ». Alors qu’il a déjà fait la campagne, pour le premier tour, à droite toute, sur le terrain de la réaction sociale, sécuritaire, raciste et xénophobe, il récidive pour le deuxième tour. Après avoir attaqué le droit de grève par exemple dans le transport aérien, tapé sur les syndicats qu’il accuse de bloquer la société, il reprend aujourd’hui les accents de Pétain pour soi-disant valoriser le travail.

Le 1er Mai est à nous !

À Paris, comme en régions, les manifestations du 1er Mai doivent montrer que cette journée de lutte internationale des travailleurs et des travailleuses n’est ni à Sarkozy, ni à Le Pen, ni à la droite, ni à l’extrême droite. C’est l’occasion de poser dans la rue les bases d’une contre-offensive du monde du travail, qui devra se prolonger bien après le second tour, quel que soit le « gagnant » le 6 mai prochain. Ce n’est pas l’appel à tous les républicains que fait Hollande, véritable appel du pied à François Bayrou, qui peut stimuler une dynamique réelle capable de battre Sarkozy.

Il faut, comme nous l’avons fait durant la campagne, remettre inlassablement au centre du débat, les questions sociales et démocratiques, les mesures d’urgence comme l’augmentation de tous les revenus de 300 euros net, l’interdiction des licenciements, la réduction du temps de travail pour permettre à tous et toutes de travailler… Bref, le refus clair et net de payer les crises des capitalistes, le refus de toutes les politiques d’austérité de droite comme de gauche.

Et quel meilleur moment pour construire la riposte et focaliser l’attention et la réflexion sur la solidarité internationale, la défense des droits des femmes, les questions sociales, la lutte pour l’emploi, le service public et la répartition égalitaire des richesses que les défilés du 1er Mai, vieille tradition du mouvement ouvrier et des mouvements sociaux ? C’est là un hasard bienvenu du calendrier : avant de passer par les urnes, le 6 mai, c’est dans la rue que débute le vaste référendum populaire contre Sarkozy et Le Pen. Le 1er Mai, toutes et tous dans la rue !

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wesker
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Re: Le NPA

Message non lu par wesker » 02 mai 2012, 13:40:40

PAr cet amalgame que fait la gauche entre les nationaux et la droite elle incite la droite à enfin oser et assumer les valeurs dont elles se réclament mais qu'elles bafouent une fois élu comme on l'a trop souvent vu, par le passé avec des responsables de droite qui exprimait ses accointances affichées avec le FN.

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Re: Le NPA

Message non lu par Nico37 » 02 mai 2012, 19:30:08

Bravo Poutou ! Menace Le Pen. Voter Hollande. Impasse Mélenchon. Avenir libertaire ? 30 Avril 2012, Philippe Corcuff

Ce long titre au style télégraphique au moment du 2ème tour de l’élection présidentielle 2012 appelle des explications et quelques points complémentaires…

Bravo Philippe !

Philippe Poutou, candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste, a mené une belle campagne dont les hérésies jubilatoires n’ont commencé à être reconnues que sur la fin, en pesant peu alors sur le « score » final :

- dé-fétichisation du caractère oligarchique de la fonction présidentielle par le maniement de l’ironie et de l’auto-ironie libertaires ; de ce point de vue il a été le seul candidat réellement anti-système ;

- plus largement, critique en acte (à la fois par son parcours et par son discours) de l’hégémonie de la professionnalisation politique sur la politique dominante de nos régimes représentatifs professionnalisés si peu « démocratiques », pourtant plébiscités en pratique par la gauche et la gauche de la gauche ;

- critique en acte, en tant qu’ouvrier candidat, de l’exclusion des catégories populaires du terrain de la politique officielle ; ces catégories populaires dont on demande les suffrages mais qui sont laissées à l’écart des cercles les plus actifs de la politique (y compris à gauche et dans la gauche de la gauche) ;

- porte-parole de la dignité populaire face au mépris social porté inconsciemment (un inconscient de classe !) par les élites (économiques, politiques, médiatiques, intellectuelles, etc.) dominantes, y compris à gauche et dans la gauche de la gauche [1].

La campagne a été appuyée par l’énergie d’Olivier Besancenot qui, pour des raisons libertaires, avait refusé d’être une troisième fois candidat, mais qui, afin d’aider son successeur, a pris un congé pour la campagne officielle. La pugnacité des militants du NPA qui ont réussi à recueillir les 500 parrainages et l’inventivité des quelques-un-e-s qui sont à l’origine des clips décoiffants de la campagne télévisée [2] sont également à souligner.

Cette campagne s’est déroulée pourtant dans des conditions difficiles et l’écho (à distinguer du résultat électoral) qu’elle a suscité dans les deux dernières semaines de la campagne est d’autant plus remarquable : un nouveau candidat peu habitué aux médias et longtemps marginalisé par eux [3], une « crise de direction » du NPA et un reflux militant [4] et, pour finir, un coup de poignard dans le dos d’anciens dirigeants au profit d’un ralliement médiatisé à la mélenchonade [5]. Si l’on s’arrête sur quelques-unes des têtes (la génération des grèves étudiantes de 1986) à l’origine du croche-pied fait à Philippe Poutou juste après la réussite de l’épreuve si incertaine des parrainages, on doit noter que leur être militant a été initialement forgé dans les micro-bureaucraties du syndicalisme étudiant dit « de gauche ». Or cela corrobore une observation que j’ai faite depuis longtemps : les réflexes d’apparatchiks et l’esprit politicien qui fermentent dans les casseroles de ce syndicalisme étudiant traditionnel font beaucoup de mal à la gauche : du PS (où les dégâts politico-intellectuels sont les plus flagrants) jusqu’au NPA donc, en passant par le PCF et le PG.

Pour ma part, je suis fier d’avoir apporté ma petite pierre à l’architecture de cette campagne, tout particulièrement en ayant participé à l’édition du livre de Philippe Poutou, Un ouvrier, c’est là pour fermer sa g..... !, en tant que co-directeur avec Lilian Mathieu de la collection « Petite Encyclopédie Critique » des éditions Textuel [6].

On doit noter toutefois que le résultat obtenu, en rapport avec ceux des autres résultats (tant celui de Jean-Luc Mélenchon, à la gauche du PS, que la menace représentée par celui de Marine Le Pen à l’extrême-droite), offre peu de possibilités à un NPA en crise de rebondir dans les mois, voire les années qui viennent. « L’optimisme de la volonté » ne doit pas brouiller, au moment de l’analyse, « le pessimisme de l’intelligence ».

La menace Le Pen : question sociale renouvelée contre clivage national-racial

Le clivage national-racial (faisant de la catégorisation « français »/« étrangers » - entendue pas seulement en un sens juridique mais aussi ethnique - le clivage principal) porté par le Front national au détriment de la question sociale (centrée sur la répartition des richesses) est redevenu une menace politique [7]. Récupérée un temps de manière électoraliste par le sarkozysme, l’association des thèmes de l’immigration et de la sécurité a pu de nouveau profiter au FN, en germant sur le terreau des déceptions vis-à-vis des effets sociaux des politiques ultra- et sociales-libérales menées successivement depuis 1983 par la gauche et par la droite. L’intelligence politique propre du lepénisme version Marine est d’avoir mieux arrimé ces thèmes à des préoccupations sociales, en faisant de la question nationale le point de passage obligé de la question sociale. Cela s’est effectué dans un contexte où le FN a été « républicanisé » et « laïcisé », dans les discours de Marine Le Pen et chez certains commentateurs, ce qui a d’ailleurs facilité la place nouvelle donnée à l’islamophobie.

La politique sociale-libérale menée par le vainqueur probable, François Hollande, dans un contexte de crise du capitalisme risquant d’attiser encore les déceptions des attentes sociales dans les couches populaires et moyennes de la classe salariée, la prochaine alternance pourrait profiter à Marine Le Pen ; le FN encore davantage relooké changeant de nom et s’alliant avec des débris de droite d’une UMP explosée.

Comment cette tendance pourrait être contrecarrée ? Il faudrait de nouveau que la question sociale prenne le pas sur le clivage national-racial à travers des mouvements sociaux, le syndicalisme, le mouvement associatif, le foisonnement d’interventions artistiques, culturelles et intellectuelles, des expérimentions sociales et des organisations politiques. Mais il faudrait que se mette en forme une question sociale redéfinie, qui, au double traitement de la classique division capital/travail et de la précarisation contemporaine, ajoute celui de discriminations en interaction avec le capitalisme mais irréductibles à lui, comme les discriminations de genre ou « post-coloniales » (touchant systématiquement – à l’école, dans le logement, dans le travail, à cause de la religion, etc. - les populations issues de l’immigration de pays anciennement colonisés). Et une question sociale qui ne soit pas centrée uniquement sur les richesses économiques, mais qui intègre également d’autres types de ressources fort inégalement distribuées comme les ressources culturelles, politiques ou de la reconnaissance personnelle. En particulier, afin de créer de nouvelles convergences au sein de la classe salariée entre prolétaires « blancs » et prolétaires issus de l’immigration, il faudrait éviter d’agiter une version traditionnelle de la question sociale contre la reconnaissance des discriminations, mais enrichir la question sociale de la prise en compte des discriminations.

Du côté des organisations politiques, à la fois électoralement et du point de vue des forces militantes, le Front de gauche apparaît le mieux placé afin de mettre en échec une alternance Marine dans cinq ans. Je comprends tout à fait que certains militants fassent, dans cette perspective, le pari raisonné du Front de gauche contre le FN. Mais je crains que leur évaluation soit erronée du fait des penchants républicards, laïcards et cocardiers que la campagne Mélenchon a mis en scène [8] :

- le républicard, opposé à une République de la diversité, qui unifie, centralise, en tendant à méconnaître les discriminations ; les combats contre les discriminations étant facilement assimilés à des « menaces communautaristes » largement fantasmées ;

- le laïcard, opposé à une laïcité interculturelle, qui a surtout participé dans la dernière période à nourrir la diabolisation de l’islam ;

- le cocardier qui a contribué à faire du référent « national » le cadre politique principal au cours de cette campagne, en déplaçant la répartition des richesses en question dépendante.

Bien sûr, avec une extrême-droite se transformant et acquérant une audience de masse, on n’a pas grand-chose à puiser, non plus, du côté du folklore anti-fasciste qui lustre tant les egos dans les milieux gauchistes.

Bref les résistances seraient davantage à attendre du côté des mouvements sociaux, du syndicalisme, etc., avec toutefois des craintes quant à un certain état d’impréparation…

Voter François Hollande sans états d’âme ni illusions : le sarkozysme comme écœurement

Historiquement, la politique du pire a rarement débouché sur les soulèvements espérés, mais a plutôt produit des difficultés supplémentaires sur le chemin des forces radicalement émancipatrices. Certes, entre les politiques économiques et sociales incarnées par Nicolas Sarkozy et François Hollande, il n’y a que des petites différences, des nuances plus ou moins sociales dans la galaxie du néolibéralisme économique. Toutefois, le sarkozysme a franchi sur certains terrains une ligne jaune éthique, qui ne permet pas de recourir au « bonnet blanc et blanc bonnet » : ainsi il a usé, électoralement et dans les politiques publiques, de la xénophobie, en contribuant ainsi à la légitimer davantage, et il a déconsidéré un peu plus l’activité politique elle-même en érigeant le cynisme politicien en nouvelle norme [9]. Et cela a eu des conséquences politiques, dans la mise en pratique d’une xénophobie d’État comme dans les possibilités nouvelles léguées à une extrême-droite relookée d’incarner dans cinq ans l’alternance. Notre écœurement s’est accru au 2ème tour, le candidat-président faisant feu de tout bois dans le registre du glauque. Pas d’état d’âme donc pour voter François Hollande le 6 mai !

Si, comme je le pense aujourd’hui, le vote dans le cadre de nos régimes représentatifs professionnalisés n’est, au mieux, qu’un élément secondaire dans une logique radicale d’émancipation individuelle et collective (ce qui invalide la stratégie de « la révolution par les urnes » de la mélenchonerie), pourquoi, dans les milieux radicaux, faire autant un fromage de ce petit vote aux conséquences donc extrêmement limitées. Cette petite chose ne sert, dans mon esprit, qu’à alimenter une frontière symbolique qui ne constitue pas une adhésion. Une fois François Hollande élu, il deviendra un adversaire politique « normal » (à la différence de Marine Le Pen et de Nicolas Sarkozy)….Marquer une différence entre Hollande et Sarkozy n’implique pas nécessairement d’entretenir des illusions à l’égard de l’élu de Corrèze !

Le NPA existera-t-il un jour ? C’est pas sûr…

Dès juillet 2011, j’ai fait l’hypothèse que le NPA n’était pas encore né [10]. Le NPA au sens du projet NPA ainsi synthétisé dans ses « Principes fondateur » :

« Nous voulons que le NPA fasse vivre le meilleur de l'héritage de celles et ceux qui ont affronté le système depuis deux siècles, celui de la lutte des classes, des traditions socialistes, communistes, libertaires, révolutionnaires.

Un parti qui hérite des luttes démocratiques et antifascistes. Un parti qui garde la mémoire des combats contre les dérives autoritaires et bureaucratiques qui ont terni les espoirs émancipateurs. Un parti qui se nourrit du féminisme, de l’anticolonialisme, de l’antiracisme comme des luttes contre toutes les discriminations. Un parti qui donne une tonalité clairement anticapitaliste à l’écologie politique radicale et une tonalité clairement écologiste à l’anticapitalisme. Un parti soucieux des aspirations individuelles à la reconnaissance et à la créativité face à l’uniformisation marchande de la vie quotidienne. »

Le projet NPA, c’était alors de trouver les voies d’un nouveau type d’organisation, inventant des pratiques militantes renouvelées, ajustées à la perspective d’auto-émancipation des opprimés. La quête d’une forme politique rénovée, avec une main dans les institutions existantes (d’où la participation aux élections) et deux pieds et une autre main dans une mise à distance de la politique institutionnelle traditionnelle (mouvements sociaux, pratiques militants radicales, expériences alternatives et pensées critiques, notamment).

Pas grand-chose de tout cela n’a même commencé à se concrétiser. Les « sommets » du NPA se sont divisés entre deux pôles principaux : un pôle peu à peu absorbé par la politique institutionnelle et professionnelle représentée par le Front de gauche (ce que l’on appelle aujourd’hui « la GA ») et un pôle défendant une vision avant-gardiste et substitutiste de la politique inspirée d’une lecture traditionnelle du bolchévisme (ce qu’on appelle « la P2 » : son texte présenté lors du congrès de février 2011 attribuant, par exemple, « un rôle dirigeant » au parti dans les luttes ! vieille lune autoritaire abandonnée par la LCR depuis longtemps). Ce sont deux manières de s’éloigner de la logique de l’auto-émancipation des opprimés, en faisant alors l’impasse sur la construction d’une forme d’organisation adaptée à cette exigence. Quant au « centre » de ces « sommets » du NPA (ce que l’on appelle « la P1A »), il n’a guère manifesté une orientation propre, oscillant entre la GA et la P2. Parmi les rares à exprimer une nouvelle façon de faire de la politique : Olivier Besancenot et Philippe Poutou (qui ne fait pas partie de la direction du NPA).

Et « la base » dans tout ça ? Elle n’a pas beaucoup fait preuve d’inventivité et d’expérimentations dans les pratiques militantes et, perdant peu à peu de la substance avec les départs successifs (le plus souvent sur la pointe des pieds), elle n’a pas massivement tenté de contrecarrer les logiques autodestructrices des « sommets ». Quant au secteur intellectuel qui avait été légué au NPA, tout particulièrement grâce aux efforts du regretté Daniel Bensaïd (avec les revues papier et web Contretemps et la Société Louise Michel), il s’est fortement éloigné du NPA, dont les « sommets » s’intéressent de moins au moins aux questions intellectuelles.

Le projet NPA peut-il alors naître à une échéance raisonnable à partir du « NPA réellement existant », et bien mal en point malgré la belle campagne de Philippe Poutou ? Je suis, pour ma part et pour l’instant, fort pessimiste, mais les prochains mois nous en diront plus…Peut-être que c’est à travers d’autres cadres organisationnels, distincts du « NPA réellement existant », que le projet NPA pourra naître dans les années qui viennent ? Ici il n’y a aucune nécessité ou voie unique. En tout cas, le Front de gauche, tel qu’il est apparu au cours de la campagne de Jean-Luc Mélenchon apparaît comme l’exact opposé de ce projet….

Mélenchon comme régression et impasse pour la gauche de la gauche

Je n’insisterai pas trop sur l’impasse Mélenchon, dont j’ai déjà parlé sur ce blog. Pour s’inscrire dans une logique émancipatrice tournée vers la recherche et l’action, il vaut mieux éviter de s’attacher trop à ce que l’on critique, sous peine d’être pris involontairement par les aigreurs du ressentiment. Je rappellerai simplement une série de régressions portées par la campagne Mélenchon au sein de la gauche de la gauche :

- régression vers la double fétichisation de la professionnalisation politique et de « l’homme providentiel » par rapport à la critique démocratique et libertaire des régimes représentatifs professionnalisés ; avec le paradoxe que cette régression se proclame avec une expression contraire à sa logique : « révolution citoyenne » ;

- régression cocardière par rapport à la perspective altermondialiste ;

- régression laïcarde par rapport à une laïcité interculturelle ;

- régression républicarde par rapport à une République de la diversité ;

- vision tendanciellement traditionnelle et économiste de la question sociale ;

- vision étatiste de la transformation sociale ;

- pauvreté intellectuelle par rapport à l’état des pensées critiques contemporaines.

L’écho électoral, relatif mais substantiel, de cette candidature risque d’entraîner de larges secteurs militants à la gauche du PS dans les grenouillages associant un gros appareil (le PCF) et de multiples micro-appareils. La gauche de la gauche pourrait en être largement stérilisée dans un magma politicien pendant une ou deux échéances présidentielles.

Un fragile avenir pour l’anarchisme dans la galaxie anticapitaliste et altermondialiste ?

La pensée et les pratiques anarchistes sont largement marginalisées à gauche, en France et ailleurs, alors que renaît pourtant dans les mouvements sociaux quelque chose comme une humeur libertaire. Face aux échecs depuis deux siècles d’un anticapitalisme émancipateur, la fibre anarchiste a pourtant dans sa besace quelques axes essentiels :

- la critique des mécanismes de délégation et de représentation politiques comme porteurs de concentrations de pouvoirs ;

- la critique de l’étatisme comme forme d’oppression, avec le défi de bâtir des institutions publiques (pourvoyeuses de repères et de protections pour les individus comme pour les groupes) qui ne soient pas un État (au sens d’une logique d’intégration hiérarchique des institutions publiques sur un mode pyramidal) ;

- l’exigence d’une forme d’organisation politique adaptée à la visée d’auto-émancipation, individuelle et collective, des opprimés ;

- l’association du principe de solidarité avec le principe d’individualité, contre le rouleau compresseur du logiciel « collectiviste » hégémonisant les gauches, en marginalisant l’individu au profit du tout collectif.

De ce point de vue, la Fédération Anarchiste, dans ses modes d’organisation (le principe fédératif d’inspiration proudhonienne, vu comme une coopération organisée des individualités et des groupes) et dans sa pensée (dans la famille anarchiste elle-même, elle est celle qui résiste le mieux au poids du logiciel « collectiviste »), constitue un exemple, bien qu’un petit exemple (quelques centaines de membres).

Un des enjeux politiques et intellectuels dans les gauches radicales aujourd’hui serait alors de donner davantage d’espace à leur poumon anarchiste (trop rachitique), en dialogue avec les usages hérétiques de Marx, comme avec les élaborations actuelles des mouvements sociaux et les apports contemporains des sciences sociales et de la philosophie. L’incertitude pour moi est de savoir si, dans les conditions actuelles difficiles et régressives pour un anticapitalisme émancipateur, cela peut s’opérer dans une organisation non anarchiste mais reconnaissant une composante libertaire (comme le NPA) ou si cela passe d’abord par une « accumulation primitive » de forces de manière anarchistement indépendante ? Dans l’un ou l’autre cas, il serait important de montrer, comme le chantait mélancoliquemement Léo Ferré, que : « Y’en a pas un sur cent et pourtant ils existent… » (Les anarchistes, 1967)…

Une urgence de longue durée : sortir de la pauvreté intellectuelle des gauches

Au moment où la gauche molle hollandaise a de grandes chances d’arriver au pouvoir et où la gauche de la gauche mélenchonisée a fait un score honorable, il se pourrait paradoxalement que les gauches politiques se trouvent intellectuellement en bout de course. La gauche officielle est depuis longtemps technocratisée et désintellectualisée, jusqu’à parfois se complaire dans un anti-intellectualisme explicite. La gauche de gauche apparaît, quant à elle, très fière de son « intelligence critique », mais cela pourrait n’être qu’un simple trompe l’œil masquant à peine la dévalorisation des ressources intellectuelles du côté de l’hémisphère gauche de la politique.

Ainsi, on se contente souvent dans les gauches critiques d’une vague soupe indigeste que l’on pourrait appeler « pensée Monde Diplo » (je mets à part les moments où ce mensuel a publié et publie des figures de la pensée critique comme Pierre Bourdieu ou Cornelius Castoriadis) : un vague discours fait d’automatismes sur le méchant « néolibéralisme » avec quelques bouts de marxisme économiste rance associé à une dénonciation du « complot » des méchants médias « aliénant » l’ensemble des masses (sauf celui qui tient le discours sur « l’aliénation » des autres !) ; tout cela étant enrobé d’une dénonciation du méchant « individualisme » au nom des « valeurs collectives » et abondamment salé par une rhétorique de la déploration généralisée. Bref comment se sentir « intelligent » et « critique » en économisant un maximum d’efforts intellectuels !

Pourtant la notion même de « gauche » a été historiquement associée à l’activité intellectuelle : des Lumières du XVIIIème siècle aux Sartre, Merleau-Ponty, Castoriadis, Bourdieu…en passant par l’affaire Dreyfus. Ré-interroger les « logiciels » de la critique sociale et de l’émancipation, c’est à-dire les façons mêmes de formuler les problèmes, a trop longtemps été repoussé au nom des urgences de l’heure (électorales, sociales, organisationnelles, etc.), sans d’ailleurs que cela n’aide à traiter ces urgences. Il est grand temps de réunir des militants, des citoyens critiques et des professionnels du travail intellectuel pour penser radicalement à gauche dans un cadre associatif pluraliste, à bonne distance des organisations (ni trop près, ni trop loin).

« Ne succombez jamais au désespoir : il ne tient pas ses promesses. »
Stanislaw Jerzy Lec, Nouvelles pensées échevelées, 1964.

Notes :

[1] : Voir Philippe Corcuff et Lilian Mathieu, « Du mépris de classe et de caste en politique », Le Monde.fr, 29 février 2012.

[2] : Voir les dix clips de la campagne officielle de Philippe Poutou sur Dailymotion.

[3] : Voir P. Corcuff, « De l'arrogance médiatique : Pulvar face à l'ouvrier Poutou chez Ruquier », Mediapart, 28 février 2012.

[4] : Voir Pierre Rousset, « Notes sur la crise de fondation du NPA », site Europe Solidaire Sans Frontières, 22 juillet 2011.

[5] : Voir Philippe Corcuff, Lilian Mahtieu et Willy Pelletier, « Quand trois dirigeants du NPA nous roulent dans la mélenchonade… », Mediapart, 26 mars 2012.

[6] : Voir Philippe Poutou, « Du mépris social à la dignité populaire : un syndicaliste en politique », édition « Petite Encyclopédie Critique », Mediapart, 9 mars 2012.

[7] : Pour une esquisse de sociologie politique de l’extrême-droite en France, inspirée de l’approche en termes de « luttes des classements sociaux » initiée par Pierre Bourdieu, à travers la compétition symbolique dans l’espace politique entre un « clivage national-racial » et un « clivage de la justice sociale », voir P. Corcuff, « Clivage national-racial contre question sociale. Un cadre d’analyse socio-politique pour interpréter les progrès de l’extrême-droite en France », revue ContreTemps (1ère série , éditions Textuel), n°8, septembre 2003 ; voir sur internet le n°8 en archive.

[8] Sur la critique du républicard, du laïcard et du cocardier au cours de la campagne présidentielle, voir P. Corcuff, « Nous sommes tous des juifs musulmans laïcs ! », Liberation.fr, 26 mars 2012.

[9] : Voir P. Corcuff, « Du dégoût vis-à-vis du sarkozysme et des réponses politiques », Mediapart, 17 décembre 2009.

[10] P. Corcuff, « Le NPA n'est pas encore né! Quelques pistes sur la situation difficile (mais pas désespérée) du NPA après la Conférence nationale de juin 2011 », site Europe Solidaire Sans Frontières, 14 juillet 2011

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Re: Le NPA

Message non lu par wesker » 03 mai 2012, 14:13:56

Je pense qu'au vu des résultats et de leurs tensions le NPA va s'interroger sérieusement sur son avenir....Peut être le front de gauche constituera t-il un horizon, comme semble l'avoir compris déjà la gauche unitaire qui s'est progressivement détachée du NPA !

Nico37
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Re: Le NPA

Message non lu par Nico37 » 03 mai 2012, 20:49:27

Appel à un sursaut du NPA Texte de la Gauche Anticapitaliste de Gironde ga.gironde33@gmail.com

Il y a toujours de bonnes raisons de se distinguer dans les programmes politiques. Et plus le groupe est petit, moins il pèse sur la situation, plus il est tentant d'avoir un programme qui soit totalement « propre », totalement en adéquation avec ce que l'on pense sur tous les sujets, et donc, quand on est minoritaire, de scissionner, quand on est majoritaire, d’accélérer la rupture.
Le projet NPA partait d'un point de vue inverse, celui de l'URGENCE, urgence sociale, urgence écologique, urgence démocratique à l'échelle de la planète. Il offrait aussi un cadre de réponse inédit, celui d'une organisation qui s'enrichirait de l'expérience de tou-te-s ses militant-e-s pour créer des alternatives.
Nous n'allons pas avoir la prétention de rappeler dans ce texte le contenu de ces urgences, la plupart d'entre nous l'avons en mémoire, il était largement développé dans « Nos réponses à la crise ».

INDIGNONS NOUS

Ce qui nous indigne, c'est le sentiment que cette urgence est passée aux oubliettes, alors même que depuis la création du NPA cette urgence s'est manifestée de la plus violente des façons : urgence sociale face aux plans d'austérité de la crise financière ; urgence écologique, Fukushima ayant rappelé l'irresponsabilité nucléaire, pour ne parler que de celle-là ; urgence démocratique dans le déni de l'avis des peuples comme en Grèce ou en France.
Ce qui nous indigne aussi, c'est la réduction à la vieille recette de « l'unité des révolutionnaires » (sans unité et sans perspectives révolutionnaires) de l'ambition originelle de rassemblement large du NPA. Force est de constater que nous avons échoué à faire « vivre le meilleur de l'héritage de celles et ceux qui ont affronté le système depuis deux siècles, celui de la lutte des classes, des traditions socialistes, communistes, libertaires, révolutionnaires. »1.
« Tirant les leçons du passé, nous lutterons contre les processus de bureaucratisation qui sont la plaie des mouvements d’émancipation. Et notre vigilance commencera par s’exercer à l’intérieur du NPA. »2. No comment...

REVOLTONS NOUS

C'est un sentiment de colère et de révolte qui nous a animé quand nous avons vu notre jeune NPA tomber dans tous les travers politiciens, ignorer ce sentiment d'urgence, et trouver de bonnes raisons pour ne pas chercher vraiment un accord minimal avec les formations du Front de gauche. Nous n’ignorons pas la responsabilité de ce dernier dans cet échec. Nous connaissons également tous les défauts du FdG et de ses composantes : solutions économiques en termes de croissance capitaliste certes régulée ; solutions écologiques à minima bloquées notamment par la nucléopathie et le productivisme du PCF ; conception de la démocratie souvent flottante et s'accommodant fort bien des pesanteurs institutionnelles ; et surtout l’absence de réponse claire sur la question de la gouvernance avec le PS...
Mais « ici et maintenant », au niveau électoral, nous pouvions expliquer en quoi c'était un pas en avant mobilisateur. Le Limousin voisin l'a montré, avec limites et contradictions, mais il l'a montré.

Non seulement nous n'avons pas fait ce choix, mais le « nouveau bloc de direction » lui a tourné le dos.
Nous sommes bien placés en Gironde pour connaître Philippe Poutou, ses qualités, son honnêteté. Ce n'est pas en raison de sa personne mais de l'orientation politique choisie que certains d'entre nous ne font pas sa campagne, et les autres la font malgré tout.
Malgré tout ? Malgré les conditions de sa désignation qui nous ont heurtées dans notre compréhension de la démocratie de notre organisation. Malgré une conception erronée des élections leur déniant presque toute importance, la façon de mener campagne en annonçant que nous ne voulons pas être élus, que les élections ne servent à rien, alors que l’on attend de nous que nous expliquions ce qu’il faudrait faire SI nous étions élus. Malgré une orientation qui, en proclamant à l'envi que le résultat de Philippe ne nous importait guère, en minorant l'importance de chasser Sarko, en ne s'adressant pratiquement qu'aux militants, nie l'urgence. Cette attitude dite « de révolutionnaires » exclut de faire « bouger les lignes ».
C'est une politique conservatrice de confort moral.

Pour entrer au Front de gauche, faut-il donner pour gage l'insulte au parti que l'on quitte ? On pourrait le croire quand on lit ce que, successivement, la Gauche Unitaire, Convergences et Alternatives, et maintenant de nombreux membres de la Gauche Anticapitaliste et non des moindres, ont écrit en rejoignant le FdG et/ou la candidature Mélenchon.
Il faut le reconnaître, la candidature Mélenchon réussit là où nous voulions réussir, là où les candidatures Besancenot avaient commencé à réussir : agréger les volontés de changement social, permettre le début d'une mobilisation citoyenne, donner ou redonner à pas mal de gens « l'envie d'avoir envie ».
Cela peut peut-être justifier d'y aller (ce que nous ne considérons pas, pour ce qui nous concerne, d'une actualité immédiate). Mais, comment expliquer que nos camarades ou ex-camarades se sentent obligés de peindre Mélenchon en rose (il n'en a pas besoin, il n'arrête pas de se référer à Mitterrand) et de peindre Philippe en noir. D'autant que le FdG n’a pas clarifié sa position sur une éventuelle participation gouvernementale et, qu'au lendemain des élections, il n'est pas certain que le FdG ou le PCF ne choisissent pas le soutien sans participation.

Enfin, ce qui nous a choqué peut-être le plus, c'est la manœuvre de ceux qui se sont fait « animateurs » de la GA pour aussitôt choisir de s'affranchir de ce rôle pour jouer l'appel perso au ralliement, négation de l'urgence d'instaurer des pratiques démocratiques.

ORGANISONS NOUS

Nous partons d'une conviction. Il doit y avoir encore dans le NPA des centaines de membres, voire une majorité, qui partagent nos sentiments d'indignation, de colère, de révolte. Des centaines, voire une majorité, qui sont persuadés que les urgences nous obligent. Des centaines, voire une majorité, qui pensent que l'on peut discuter avec le Front de gauche autrement que soumis. Des centaines, voire une majorité, qui veulent encore porter le projet de rassembler tous les anticapitalistes, dans une démarche ouverte et unitaire, et retrouver cet enthousiasme qui avait accompagné la création du NPA.

Quoi qu'ils fassent dans les semaines qui viennent, nous leur proposons de participer à une tentative de coup de talon donné au fond de la piscine.

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Re: Le NPA

Message non lu par wesker » 04 mai 2012, 12:15:06

En clair, ils pensent qu'il eût été plus sérieux et efficace de participer à l'aventure présidentielle aux côtés du front de gauche en dépit des doutes sur les points évoqués (nucléaire, question de gouvernance avec le PS....)

Je crois, effectivement que l'espace politique de cette famille de pensée n'a pas rencontré la crédibilité, la cohérence et l'audience espérée, contrairement à Mélenchon à qui les électeurs de gauche ont prêté des capacités d'influence.

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Re: Le NPA

Message non lu par Nico37 » 05 mai 2012, 00:57:09

Interview d’Elsa

Elsa a 24 ans, elle étudie la sociologie du genre et elle est en master. Elle a rejoint la LCR en 2007-2008 après s’être intéressée au parti lors de l’élection présidentielle qui a vu la victoire de Nicolas Sarkozy il y a 5 ans.

(...)

Nico37
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Re: Le NPA

Message non lu par Nico37 » 05 mai 2012, 13:36:08


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Re: Le NPA

Message non lu par wesker » 05 mai 2012, 17:52:18

L'interview d'Elsa est intéressante, on comprend les valeurs pour lesquelles elle s'est engagée, mais objectivement, l'annulation de la dette est elle une mesure trés sérieuse lorsqu'on sait que tout emprunt engage sa responsabilité ?

Concernant la régularisation des sans papiers, évidemment que l'objectif n'est pas la stigmatisation ou la haine des étrangers qui ont des problèmes et qui sont, eux aussi des êtres humains qui n'ont pas eu la chance de naître sur le même territoire que nous, mais ne voit elle pas que cette mesure bénéficierait d'abord aux patrons qui auraient une abondance de main d'oeuvre et que la France n'a aucunement la capacité d'accueillir. Comment leur donner des emplois ? Où les loger ? Comment financer l'éducation de leurs enfants ? ce sont des questions budgétaires de simple bon sens qui se posent !

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